Entretien avec Marion Tigréat

15 décembre 2011

Marion Tigréat est diplômée de l’École Estienne et des Arts Décoratifs de Strasbourg. Elle débute sa carrière en tant que graphiste puis se tourne vers l’illustration, deux passions qu’elle pratique en alternance. Aujourd’hui serial découpeuse de papiers colorés, elle manie l’X-acto pour créer un univers pop où se côtoient personnages célèbres, animaux en tous genres, fleurs extraordinaires. Elle a déjà réalisé de nombreuses couvertures de livres (Flammarion), des pop-up (Hermès, Label Mañana), des illustrations pour la presse (revue DADA), des vitrines (Comptoir des Cotonniers)…

Portrait dans son atelier

AGENT 002 : Tu as commencé une collaboration au long cours avec la revue Dada et tu travailles par ailleurs comme graphiste. Peux-tu nous expliquer ton choix de faire des images en papier découpé et comment tu organises tes deux activités ?

Revue Dada / Cinémathèque française - Jacques Tati

Marion Tigréat : Depuis toute petite je bidouille des choses, je suis passée des bonhommes en pâte à sel aux affiches ou pochettes de CD entièrement réalisées au stylo bille au prix d’heures ou de journées à gribouiller. J’aime le fait de passer par quelque chose de physique, pouvoir coller, décoller, couper, recouper, déplacer des centaines de bouts de papiers. Et puis après scanner, photographier et retoucher. Dans le papier découpé il y a quelques chose de direct et d’immédiat qui me plaît. J’aime travailler en tout petit car cela m’oblige à une simplification extrême, et quand je travaille en plus grand j’ajoute des détails (que personne ne verra mais moi je sais qu’ils sont là !). Oui je sais c’est un peu obsessionnel mais je me sens bien dans cette technique. D’ailleurs quand je travaille en vectoriel, je suis aussi précise et perfectionniste.

Collection Etonnants classiques

J’ai évolué de petits théâtres de papier pour la collection Étonnants Classiques chez Flammarion, à des compositions personnelles plus foisonnantes entre fleurs et petits oiseaux, en passant par des pop-up véritables dentelles pour Hermès et depuis trois ans je perfectionne mes planches mensuelles pour la revue DADA.

Pop up réalisé pour Hermès

Revue Dada

Je suis aussi graphiste et j’ai la chance de travailler beaucoup pour l’édition et très souvent sur les livres d’autres illustrateurs, comme récemment Parle-moi d’amour d’Aline et Robert Crumb ou Stieg Larsson avant Millénium illustré par Frédéric Rébéna (chez Denoël Graphic). C’est très enrichissant de voir comment ces illustrateurs travaillent, même si leurs styles sont très éloignés de mon travail d’illustratrice, cela me nourrit. Et cela me permet de prendre de la distance avec mes illustrations et d’y revenir avec un œil neuf.

Fleur de papier pour la couverture du livre "Un jardin de papier"

AGENT 002 :  Quels sont les artistes ou les styles qui t’ont influencé ?
Je suis une vraie boulimique d’images, j’ai commencé par faire de la photo et du développement, puis un bac option cinéma-audiovisuel, et ensuite mes études de graphisme à l’école Estienne et aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Et puis j’ai travaillé trois ans avec Gérard Lo Monaco, avec qui je partage l’amour du graphisme coloré, ludique et fait main.

Illustration et design graphique de l'album Imaginario (label Mañana)

Je me nourris donc de toutes les formes d’art, de peinture (Munch récemment dont j’ai particulièrement admiré la gamme chromatique), de cinéma de Polanski à Miyazaki (je viens de voir le film d’animation “Le Tableau”, une véritable merveille), de graphisme et d’illustration en tous genres et de toutes époques (j’aime traîner en librairie résistant à ma boulimie car ma maison est déjà bien remplie), de spectacles vivants entre cirque et danse contemporaine (j’attends avec impatience de revoir James Thierrée en cette fin d’année)… et puis il y a aussi la musique qui m’accompagne quand je travaille et les concerts qui me donnent beaucoup d’énergie (cette année Sufjan Stevens m’a vraiment marqué, sa générosité m’a boostée pour une décennie !).

AGENT 002 : Vers quel type d’univers souhaites tu orienter ton travail, et peux-tu expliquer ta technique (ou processus) de travail ?

J’aimerais continuer à travailler pour la jeunesse car c’est un de mes premiers amours. Mais j’ai également envie de faire des choses plus adultes et plus sombres. J’ai des carnets à idées ou croquis que je fais évoluer, je note des idées et après je vois si elles restent présentes à mon esprit, si oui j’y reviens. Je travaille beaucoup par couches et en différentes phases, du gribouillis, aux premiers bouts d’illustration que je laisse reposer et puis je continue à y travailler par la pensée et puis un jour j’ai une illumination et je vois vers où tout ça doit évoluer.

Carnets de croquis

Mini-portraits découpés

C’est un peu la même chose pour mes travaux de commandes, mais en beaucoup plus rapide ! Les roughs sont très précis, une fois validés je choisis ma gamme de papier, en général assez restreinte 2/3 couleurs et le noir (très important le noir !), puis j’attaque la découpe. Parfois je colle en couches successives, d’autres fois je monte toutes mes formes en pop-up, et certaines fois je photographie un ensemble de formes qui peuvent être déplacées. Ensuite j’aime corriger la chromie pour qu’elle soit exactement comme dans mon esprit.

AGENT 002 : Tes projets en cette fin d’année 2011 (livre, expo  ?)
Après avoir beaucoup travaillé sur des commandes cette année, je reviens à mes projets personnels. Je travaille sur des projets d’albums jeunesse et pop-ups que j’aimerais évidemment voir publiés. Certains projets sont dans mes valises depuis quelques temps déjà et arrivent à maturité. Je trouve assez intéressant de revenir sur un projet qu’on a un peu laissé de côté et de pouvoir s’y replonger en l’améliorant. J’ai envie de raconter à la fois des histoires fantasques pour enfants, de faire des images plus romantiques pour les petits comme pour les grands, de parler de sujets plus graves.

La récréation

J’attends aussi de nouvelles commandes de couvertures de livre ou autre qui m’amèneront vers des thèmes divers et variés. Et puis j’ai envie d’exposer mes originaux en papier découpé qui commencent à s’accumuler, jusque là je travaillais un peu confidentiellement mais maintenant je me sens vraiment prête à montrer tout cela ! En attendant vous pouvez voir en ce moment mon Yéti qui a été sélectionné pour le concours “À la recherche du chaînon manquant” de l’expostion Pictoplasma – Post Digital Monsters à la Gaîté Lyrique.

le yéti

bonne année !

Entretien avec le duo TYANIM

4 novembre 2011

Yinxuan Li est illustratrice 3D, Thierry Dezarménien est animateur 3D. Depuis 2 ans, ils font équipe sous le nom de TYANIM. Après avoir obtenu son diplôme en cinéma d’animation à l’institut cinématographique de Pekin, Yinxuan s’est installée en France pour se lancer dans l’illustration. Thierry a commencé jeune en tant que  graphiste avant d’évoluer vers l’animation 3D. Entré dans le département Studio d’Agent 002 il y a quelques mois, nous avions été séduits par leurs mascottes rigolotes et leurs filles sexy aux grands yeux. Retour sur cette belle rencontre.

Le duo Tyanim en plein travail et en 3D

AGENT 002 : Vous travaillez en duo sous le nom de Tyanim. Pouvez-vous nous expliquer la répartition des rôles dans cette équipe, et quelle est l’origine de cette association ?
Yinxuan : Et bien je m’occupe majoritairement de la partie création, Thierry est souvent là en soutien pour me donner quelques idées, ou des conseils.
Thierry : Pour ma part, je suis aux commandes de l’animation, des e-mails, du téléphone, du café. L’avantage de travailler à deux, c’est l’échange permanent entre nous pour soutenir une création artistique, c’est très motivant, parfois nous nous heurtons à des divergences d’idée d’un point de vue créatif mais on arrive toujours à trouver une solution.
Yinxuan : Oui, en général c’est moi qui gagne.

Li na

Thierry : L’origine de cette association remonte au moment où on s’est rencontré, c’était sur un site internet, non pas sur meetic, mais sur le forum de cg society, http://forums.cgsociety.org/, un site communautaire spécialisé sur les créations 2D et 3D. Yinxuan avait posté son court métrage, j’ai laissé un message, et… un an et demi après on se mariaient.

Teatime

Yinxuan: Oui, la suite coule de source, comme je suis illustratrice 3D et character designer, et qu’il est animateur, notre association est somme toute logique et nous permet de répondre à plus de demandes facilement.

Capture du court métrage de fin d'étude de Yinxuan "Sous le vent"

AGENT 002 : Quelles sont les influences revendiquées, et d’où vient votre inspiration pour la création des personnages ?
Yinxuan : Mes inspirations viennent beaucoup du monde de l’animation et des artistes qui participent à ce millieu, comme par exemple Bill Presing, Nicolas Marlet, Glen Keane et sa fille Claire, mais aussi des artistes comme Erich Sokol.

"sweet shirt"

AGENT 002 : Pouvez-vous nous parler du projet de livre en cours pour les éditions Lito ?
Yinxuan: C’est donc un projet de livre-jeu destiné aux enfants de 4 à 6 ans, où il faut trouver l’intrus qui se cache parmi ces camarades. Au moment où nous parlons le livre est en cours d’impression, le projet s’est très bien passé. Nous avons eu carte blanche sur les 50 idées qui composent le livre.

Editions Lito - à paraître


AGENT 002 :
Thierry, tu enseignes l’animation à Paris, comment définirais-tu ton rôle auprès des étudiants?

Thierry : En effet je suis intervenant en animation à l’Ecole Estienne. Mon rôle auprès des étudiants est de leur transmettre les bases de l’animation, jusqu’à certaines techniques plus avancées comme ce que l’on appelle l’acting. J’essaye de les rendre curieux par rapport à ce medium, de partager la passion que je peux avoir pour cette forme d’art, et aussi de leur apporter diverses astuces d’animateur que j’ai pu acquérir avec le temps ou grâce à d’autres animateurs rencontrés dans ma carrière. Ma plus grande récompense, c’est quand je vois la petite ampoule qui s’allume au-dessus de leur tête ”ting” et qu’ils viennent de comprendre quelque chose en animation. Je sais que là je n’ai pas perdu mon temps. L’animation est comme tous les arts, on ne cesse jamais d’apprendre, quelque part moi aussi je suis toujours étudiant.

Bus stop

Entretien avec Petica

7 octobre 2011

Entré chez Agent 002 en 2001, après avoir été repéré dans Etapes Graphiques, Petica travaille pour la presse et la publicité où ses portraits et ses compositions urbaines sont très recherchées. Il pratique en parallèle la photo,  la sérigraphie et a aussi démarré une carrière d’auteur de bande dessinée au sein du jeune collectif Misma. Aujourd’hui, Petica vit à Berlin et mais garde toujours un pied en France.

AGENT 002 : Tu as commencé il y a une petite dizaine d’années ton activité d’illustrateur. Peux-tu nous résumer ton parcours en quelques dates importantes ?

Petica : À la sortie de LISAA en 2000, avec une formation de graphiste, j’ai intégré Libération puis une petite structure de jeu vidéo, mais après un an, j’étais essentiellement illustrateur avec Agent 002.
Mes deux premières années, j’ai travaillé pour la presse magazine, ont suivi quelques commandes pour la publicité. Depuis 2005, c’est surtout la communication d’entreprise, c’est le type de contraintes qui m’intéressent le plus, des projets plus longs, plus réfléchis.

GDF Suez - R.A.D.D. 2009

Dans le futur, j’aimerais pouvoir m’essayer à l’édition et renouveler les expériences avec des clients étrangers.

AGENT 002 : Quelles sont les trois images clés de ton parcours d’illustrateur ? Peux-tu les commenter et nous dire ce qu’elles ont déclenché ?

Petica : Etapes Graphiques } Le magazine publie chaque année un numéro dédié aux étudiants, dont j’ai fait la couverture en 2000.
C’est ce qui m’a permis d’être repéré et de rentrer chez Agent 002.

Couverture d'Etapes graphiques (2000)

RATP / BETC } Ma première grosse campagne, quatre affiches pour la RATP, sponsor des championnats du monde d’athlétisme qui se tenaient à Paris en 2003, m’a permis d’accéder à d’autres types de projets.

campagne RATP (2003)

ADP / WCie } Les Aéroports de Paris, en changeant de statut, ont voulu changer d’identité et m’ont demandé une centaine d’images. L’idée était de donner un avant goût de la France aux voyageurs. Cette commande qui s’est étalée sur trois ans, m’a permis d’évoluer techniquement et m’a ouvert de nouvelles portes…

vue de Marseille pour les Aéroports de Paris

AGENT 002 : En marge de ton travail de commande sous le nom de Petica, tu mènes une double vie d’auteur sous le nom de Claude Cadi chez Misma. Parles-nous de cette démarche plus intimiste.

Petica : L’illustration de commande assurant un certain confort matériel et aiguisant quelques frustrations, je me développe un petit univers à côté…
Notamment sur le site grandpapier.org  et dans la revue Dopututto. Je m’échine actuellement sur Borisv2, ma seconde bande dessinée chez MISMA. Pour le reste, je suis fasciné par l’objet livre. J’en ai édité, seul ou avec des amis, une petite trentaine depuis dix ans, la plupart à quelques exemplaires, pour le seul plaisir…

La face B de Petica : Claude Cadi

AGENT 002 :  Ton travail a fait l’objet d’une exposition lors du dernier salon “Chic Art fair” en octobre dernier. Quelles seront les suites à cette première incursion dans le monde du “dessin contemporain” avec la galerie londonienne de Philippe Riss ?

Petica : Philippe, avec la galerie XPO, m’a donné l’excuse de faire sérieusement quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps, revenir à un travail manuel après la composition sur ordinateur, remettre un peu d’erreur et de surprise dans le dessin. j’avais déjà commencé à travailler en sérigraphie, et nous nous sommes orientés vers des pièces en petite série, pour lesquelles j’ai appris le marouflage et l’encadrement.

Sérigraphies

AGENT 002 : Tu es installé à Berlin depuis quelques années loin de l’agitation parisienne, comment ressens-tu l’énergie que dégage cette ville dans ton travail ?

Petica : Je m’y sens mieux au quotidien, la vie est plus simple, le canal et le parc sont à deux pas de la maison. Et puis, je n’ai pas tout à fait perdu le contact avec Paris puisque j’y reviens tous les 2-3 mois… Mais le fait d’être venu tout seul ici il y a 6 ans, sans contact et sans trop parler allemand m’a appris beaucoup, m’a coûté pas mal de temps et d’énergie aussi, j’imagine que c’est le lot de ceux qui choisissent de vivre à l’étranger. J’espère m’être un peu ouvert à ce jeu-là et que mon travail a évolué dans ce sens.

Entretien avec Stéphane Goddard

5 août 2011

Stéphane Goddard est un homme aux multiples casquettes (parmi d’autres couvre-chefs). Ce passionné d’images, de sport et de nature mélange ses plaisirs à sa création, et aime les sensations fortes.
Directeur artistique le jour, illustrateur la nuit, et toujours créateur d’univers graphiques à la croisée de Frank Miller et d’Hugo Pratt, il déborde de projets et d’envies. C’est l’occasion de faire un point
sur son parcours avec une interview riche en surprises.

AGENT 002 : Tu as commencé il y a une bonne vingtaine d’années comme directeur artistique, puis directeur de création et illustrateur.
Aujourd’hui tu travailles sur des projets de bande dessinée et d’animation. Peux-tu nous expliquer ce choix de parcours multiple ?

Stéphane Goddard : En effet, j’ai construit ma carrière en agences de pub, puis j’ai été à l’origine de certaines ( Louis XIV, Leagas Delaney, Love Palace… ). Aujourd’hui, je continue à œuvrer en freelance pour les marques parallèlement à mon travail d’illustrateur. Je suis aussi associé-fondateur et directeur artistique d’un club de sport, Le Klay. Il faut se rendre à l’évidence, je suis ce qu’on appelle un “workaholic”, un permanent réacteur à idées, attiré par de nombreuses formes de création et d’entreprises. J’ai, dit-on, une grosse capacité de travail et d’adaptation qui me permet de passer de l’un à l’autre sans me disperser. J’aime et pratique avec autant de passion le dessin, la peinture, la photo, le design etc…
Ce qui m’intéresse dans cette activité croisée, c’est la possibilité de créer des passerelles entre les catégories, illustration, art contemporain, design graphique, et du coup d’oxygéner, d’éviter la répétition, de créer des choses nouvelles.
Pour exemple, je planche sur le design de poupées russes, une version moderne et disruptive de la Babuska, et je viens de terminer un nouveau triptique pour le bestiaire Sushishop.

Geisha - carte de voeux 2011

C’est vrai, j’ai toujours eu un petit faible pour la bande dessinée. Je travaille actuellement sur Blackury une nouvelle graphique, à la croisée du comics et du manga, entre Miller et Pratt, un traité que je veux puissant et élégant.
C’est l’histoire d’un monde à la dérive, corrompu et asphyxié au dernier stade par le trafic d’armes; un groupe de milliardaires s’oppose aux forces du mal en mettant au point par génie génétique Blackfury, un redoutable guerrier, seul antidote à la folie des hommes…

Blackfury

Blackfury

J’ai préféré le noir et blanc pour plusieurs raisons : cela clarifie la narration, augmente l’impact visuel, et donne une touche d’élégance. Je définirais ce projet de méta-bd. L’idée étant de décliner l’univers sur différents supports.
Avant même sa sortie, j’ai vendu chez Christie’s une image tirée de la nouvelle, et j’ai déjà lancé une collection de t-shirts reprenant les personnages ( sortie courant juillet ). Une exposition est programmée en mai 2012. Ce projet est également conçu pour être adapté en long métrage d’animation…à suivre.

AGENT 002 : Ton travail en “numérique” a depuis quelques années fait évoluer et  a enrichi, une approche plus manuelle, que tu pratiquais à tes débuts.
Quel a été le déclic et as-tu un secret de fabrication pour tes images ?

Stéphane Goddard : Oui, j’ai véritablement démarré cette ère numérique avec  l’exposition No standard ( Citadium ), ça a été le projet “déclic”. À l’époque, la rencontre avec Greg fleur, “maître photoshop”, (et surtout avec qui je partage la même sensibilité graphique ) m’a permis d’expérimenter, de faire exister mes visions grâce à des montages numériques organiques et complexes.
Donc, depuis 2003, je scanne mes peintures en haute définition, et les retravaille principalement sous Photoshop. Je mixe différents éléments : des photos ( home made ), des typos, des matières variées etc… J’ai toujours voulu associer et faire dialoguer ma peinture avec de la photo, des éléments du réel. Je trouve que cela ajoute des tensions, du mouvement, donne de la profondeur, de la patine, provoque des collisions intéressantes qui mettent en valeur la peinture, amène un volume singulier à l’ensemble et ainsi enrichissent “le système nerveux” de l’image. Chaque image est une nouvelle aventure, non définie à l’avance, un combat contre la peinture et les éléments graphiques. Je cherche à susciter un impact visuel avant tout, un “uppercut émotionnel”.

Louboutin - recherche personnelle

Je travaille beaucoup sur l’énergie, le geste. D’ailleurs, je peins toujours en musique, casque sur les oreilles, afin de me couper de l’extérieur, mieux me concentrer; j’attaque directement sur la feuille blanche, et accroche le rythme,
c’est important pour lâcher la couleur, placer les masses au bon endroit. J’aime les images vibrantes, qui vous donnent l’impression qu’elles vont bouger. Aujourd’hui, je poursuis l’aventure en faisant évoluer ma technique, cette fois-ci en mixant les logiciels, photoshop, painter, illustrator.

AGENT 002 : Si tu devais résumer ton parcours d’illustrateur en 3 images “déclic” et nous montrer tes images préférées du moment, quel serait ton choix ?

Stéphane Goddard : En voila une question pas facile…chacune de mes images est en quelque sorte un déclic…Mais voici tout de même trois déclics majeurs :
Vickie, la boxeuse-ballerine tirée de l’expo No standard a été une de ces images fondatrices, les débuts du mixage numérique, du sport dans l’art  ( deux thématiques qui me sont chères ) ….

Vickie - exposition No standard au Citadium

Ice trooper, pour le magazine Ware, m’a permis d’expérimenter l’intégration d’un shopping ( photo produits ) dans une série d’illustration, racontant une histoire sur trois doubles pages. Cela ne se faisait pas encore.

Ice trooper - magazine Ware

Tokyogirl pour l’ouvrage Bellaciao est également une image structurante, un travail nouveau sur l’ambiance, le décor.

Tokyogirl - Bellaciao

AGENT 002 : Tu as démarré une collaboration , avec une journaliste, pour un livre d’entretien. Où en es-tu de ce projet et as-tu d’autres évènements prévus en 2011/2012 ?

Stéphane Goddard : En effet,  je finis l’écriture d’un livre témoignage avec Nathalie Helal, journaliste à l’Express. Cet ouvrage intitulé “Légères secousses rétiniennes” retrace mon expérience artistique au travers d’une “ré-iniatialisation visuelle”, suite à l’opération de mes deux yeux. Il se présentera sous forme de chroniques accompagnées de mes réalisations artistiques. C’est un témoignage particulier et intime, car cette opération n’a pas seulement bouleversé ma vie en changeant ma vision du réel, elle a aussi impacté mon travail artistique. Il a fallu que je me ré-approprie les formes, les couleurs, le net et le flou, l’espace, la distance, cela m’a demandé des efforts considérables pour créer à nouveau des images, mais je pense cela m’a aussi beaucoup apporté.

La saison 2011/12….Une exposition consacrée à Blackfury est prévue chez Artludik en avril/mai 2012. Je travaille aussi sur un projet d’ exposition conjointe avec Wing Shya, chef opérateur de Wong Kar Wai. Nos univers respectifs ont de nombreux points communs, c’est ce qui a motivé, entre autres, ce projet. L’idée est d’intervenir sur les photos de Wing, de faire dialoguer ma peinture avec ses images. C’est un exercice passionnant, mais assez ardu. Trouver le bon équilibre.
L’autre projet important pour 2012 sera la présentation de “Mythical mind monsters”, une galerie d’une trentaine de créatures prisonnières de caissons lumineux…mais je n’en dis pas plus.

Mythical Mind Monster

A lire également , un autre entretien  de Stéphane Goddard : http://www.hypocritedesign.com/stephane-goddard/

Entretien avec Bruno Salamone

23 juin 2011

Bruno Salamone, ce grand garçon discret à l’humour pince-sans-rire se dévoile sur le blog d’Agent 002. L’occasion de faire le point sur sa première partie de carrière, à un moment charnière de son parcours symbolisé par la sortie de son film d’animation dans la série “Laboratoire d’images” saison 2. Il nous parle de sa bande d’amis illustrateurs rencontrés à Strasbourg, de ses obsessions graphiques, de la préparation de son film et de son  désir de ne plus être confondu avec un (presque) célèbre comique à l’homonymie presque parfaite. Un entretien drôle, émouvant et très révélateur d’une sensibilité à fleur de peau.

AGENT 002 : Tu as commencé il y a une bonne dizaine d’années, tu fais partie des pionniers de l’agence et tu es passé par l’Ecole des arts décoratifs de Strasbourg. Quel premier bilan tires-tu de ton travail d’illlustrateur et comment perçois-tu son évolution en dix ans ?

Bruno Salamone : Cela fait déjà quinze ans, aaargh… Je me souviens de mes premiers dessins sur minitel, puis j’ai troqué mon telex contre un fax… Mon premier scanner d’occasion à 5000 francs, l’apparition des calques dans photoshop, mon premier modem, les gros syquest de 44 mo… etc…
De mes cinq ans aux arts déco, j’ai surtout appris des années dites de “tronc commun”, où nous avions accès à tous les ateliers, la sculpture, la peinture, la gravure, le métal, le bijou… Des étudiants venant de pays différents, nous dansions sur les tables et chantions à la moindre occasion, dans un vieux manoir en brique : Fame !!!

Bruno et ses amis

C’était une chance de pouvoir s’essayer à ces disciplines artistiques, en sortant d’un bac “arts appliqués” (F12), préparant plutôt à un BTS, d’archi ou graphisme, et après ces deux années,  je suis entré dans l’atelier de Claude Lapointe… Fini l’insouciance et la légèreté .
Si je devais tirer un bilan, je dirais que c’est un métier vraiment difficile, il faut s’accrocher, passer par des moments de remise en question, ce n’est pas toujours facile d’en vivre : il faut s’accrocher !

J’ai pu faire de belle rencontres, mes amis illustrateurs avec lesquels j’ai partagé des ateliers, cela a été fondateur ces années où nous débutions ensemble ( avec Delphine Durand, Anouk Ricard, Vincent Balas, Lucie Durbiano, Benjamin Chaud …), mais aussi tous ces passionnés, éditeurs, DA, iconographes, qui appellent après avoir vu un petit dessin… c’est assez magique.

J’ai toujours été un peu disparate, éclectique, j’aime le dessin, la cuisine dans photoshop, dans flash, illustrator, les expériences graphiques… J’ai  travaillé dans des domaines différents, pour la presse jeunesse, la publicité, un peu de BD, du parascolaire, du dessin animé, et maintenant en tant que réalisateur et animateur…

Cela m’a peut-être fait perdre du temps parfois, d’essayer d’être sur tous les fronts, et mes dessins sont souvent éphémères, publiés dans un magazine, puis oubliés… Parfois même, ils peuvent sembler bâclés,  j’en suis conscient, j’essaye de m’appliquer un peu plus, de faire des crayonnés…

Ces prochaines années j’aimerai faire les bons choix, essayer de prendre du recul et me concentrer sur de beaux projets en édition et en réalisation de films animés.
AGENT 002 : Après avoir travaillé beaucoup pour la presse jeunesse, ton travail prend une direction plus adulte, et tu as exposé tes dessins en noir et blanc pour la première fois chez L’articho l’an passé. Quels sont tes projets dans ce domaine ?
Bruno Salamone : Je suis toujours très intéressé par l’édition jeunesse, je viens d’ailleurs d’illustrer un album chez P’tit Glénat (“Pauvres dragons” sur un texte de Gudule). C’est un aspect ludique et humoristique de mon travail, où je peux dessiner des personnages stupides, des petits monstres rigolos en m’amusant vraiment, en mélangeant gribouillis, collages de matières, expérimentations diverses dans photoshop…

Couverture de Pauvres Dragons, édition P'tit Glénat

extrait de Pauvres Dragons, édition P'tit Glénat

Mais, si j’aime vraiment les blagues débiles, j’ai toujours eu un univers plus sombre, des dessins plus poétiques et mélancoliques. Je me suis longtemps demandé si je ne devrais pas avoir deux identités distinctes pour que ces deux mondes a priori opposés, puissent évoluer en parallèle, mais finalement la cohabitation semble possible. Je pense tout de même changer de nom prochainement, pour qu’on ne m’appelle plus SalOmone (comme mon “presque homonyme”)… je pensais à Salomane, je trouve que ça sonne bien…


Concernant ces dessins, j’aime bien dire qu’il s’agit d’apparitions, de rencontres avec un imaginaire proche de mon inconscient, en réponse à une mélancolie chronique, et pour apaiser des angoisses personnelles. D’abord dessinés sur des feuilles volantes, autour d’un bol de Ricoré, ou lors d’une conversation téléphonique gribouillée, j’essaye maintenant de leur donner plus de valeur, j’essaye de m’appliquer, de faire évoluer cet univers, je commence à choisir des beaux papiers, je prends peut être plus confiance en moi.

C’est assez paradoxal tout de même, dessiner pour calmer son malaise, en secret, et finalement suite à la demande de L’articho, les exposer au regard de tous…C’est assez gênant de se livrer au regard des autres, mais c’est sûrement assez banal de dire ça. Nous avons d’abord fait une première expo dans leur atelier il y a deux ans, puis j’ai participé à leur grande exposition collective “Aller retour” à la Maison des métallos.
Cela fait plusieurs années que je travaille sur un projet dont le nom de code provisoire est “Dépressman”, une sorte de journal intime, autour d’un personnage qui attend, laissant vagabonder son imagination, regardant le monde différemment, et se protégeant en utilisant des déguisements de monstres rassurants…


L’univers est installé, le héros est prêt, et une amie auteur et metteur en scène de théâtre, Emilie Rousset m’a écrit des textes… Mais cela prend beaucoup de temps, il faudrait que je m’isole et me concentre uniquement sur ce projet qui me tient vraiment à coeur. Mais ce personnage a tout de même commencé à vivre, dans le film que j’ai réalisé avec Kitty Crowther, “Le Banc” où nous avons fait se rencontrer nos univers, et dans mon film pour “Le laboratoire d’images 2″ , “Egaro”…

"Le banc " à découvrir en cliquant sur l'image

AGENT 002 : Après avoir réalisé un premier film “Le banc” avec Kitty Crowther en 2010, tu viens de co-réaliser un film dans la série de Christian Janicot. Celui-ci a été diffusé le 6 juin sur Canal + et au festival d’Annecy. Peux-tu nous parler de cette expérience avec les étudiants en animation ?
Bruno Salamone : J’ai eu beaucoup de chance, j’ai travaillé avec une équipe de cinq élèves talentueux, exigeants et complémentaires qui eux aussi se sont donné corps et âmes à ce projet ! ( Benoît Delaunay, Maïwenn Le Borgne, Anaëlle Moreau, Alexia Provoost, Simon Taroni ). Ce n’était pas toujours simple de communiquer, il y a eu des tensions, des petits “clash”, mais au final, les problèmes qui semblaient insurmontables ont toujours été résolus…
Je me suis vraiment très impliqué, j’ai écrit le scenario, dessiné le story board, et j’étais “co-réalisateur” avec les étudiants.

recherches pour "Egaro"

Un gros travail ensuite sur les matières, le rendu, l’éclairage, les ambiances colorées, les ombres dessinées, toutes ces petites choses, ces petits détails qu’il faut gérer, ajuster avec finesse pour créer une ambiance particulière et originale, en essayant d’être le plus proche possible de l’univers dessiné de référence. Un vrai travail d’équipe !!!
Mais ce n’était pas toujours facile d’être celui qui dit non, qui va chipoter sur les moindres détails, sur la position d’un bras, la modélisation d’une oreille ou d’une narine…En fait c’était même “pénible” de devoir passer d’abord par un refus, puis par une justification, pour enfin trouver une approche plus juste.
Mais c’était vraiment nécessaire, car sinon chaque petit écart dans l’adaptation, la modélisation, l’animation, nous éloigne du projet initial. On risque de perdre la petite étincelle qui se produit lorsqu’on écrit le scenario et qu’on s’imagine le film avant qu’il ne soit fait… Nous avons aussi travaillé ensemble sur l’acting des personnages, c’était assez rigolo, en filmant des peluches, en essayant de trouver la bonne démarche du héros..

recherches pour "Egaro"

En tout, on a travaillé pendant six mois !!!
De mon côté, j’ai dû dessiner toutes les matières des personnages, des décors, chaque meuble, chaque petit morceau, en séparant tout ça pour qu’ils puissent recoller, recomposer ce puzzle. Avec à chaque fois des allers-retours en train, par mail, par téléphone, l’école étant à Valenciennes…Les étudiants, eux aussi, étaient très exigeants, il m’ont poussé au maximum, n’hésitant pas à me dire quand ils étaient déçus par apport à leurs attentes…Ça met la pression…Ça m’a beaucoup apporté.

En participant à ce type de projet, je tenais vraiment à trouver un petit truc en plus, qu’il y ait une rencontre entre la 2D, mes gribouillis, et la 3D, avec toutes ses possibilités techniques. J’avais, quelques mois avant, travaillé sur les pubs Belin, où j’avais animé les visages des personnages en 2D sur des corps en 3D. J’ai pu réutiliser cette technique, pour tous les petits fantômes du film…J’en ai profité pour faire des ajouts 2D animés, notamment pour la scène sous l’orage, et d’autres petits détails à droite et à gauche…
Les élèves aussi ont dessiné des matières animées. C’est assez intéressant de voir des étudiants en images de synthèse, sortir leur crayon et prendre du plaisir à dessiner sur papier. Ils sont d’ailleurs souvent d’excellents dessinateurs.

extrait du film "Egaro"

Je suis vraiment satisfait du résultat, je crois qu’on est arrivé à un rendu différent de ce qu’on l’on peut voir habituellement, tout en ayant une approche sensible, ce qui n’est pas évident dans ce type d’histoire “poétique”. Le film a eu, lors des projections à Paris et à Annecy, un bon accueil. Avec Christian Janicot nous pensons maintenant à la suite …

extrait du film "Egaro"

Entretien avec Guillaume Decaux

26 mai 2011

Sorti des Arts Décoratifs de Strasbourg en 1988, Guillaume Decaux a publié régulièrement dans la presse des petits chez Bayard ( J’aime Lire, Astrapi, Je bouquine, I love english Jr, Maximum) et des grands (Le Monde Éducation, Famili, New Biz, LSA ) et la presse pro. Ses travaux ont également été édités chez Nathan, Hatier, Hachette, Larousse, Oxford University Press.

Guillaume Decaux dans son atelier

AGENT 002 : Peux-tu nous résumer en quelques mots ton parcours d’illustrateur ?

Guillaume Decaux : À 12 ans, première commande : je dessine la carte de vœux de la cellule du PCF locale. Mon parcours était tracé ! Je passe par les Beaux Arts d’Amiens, puis par les Arts Déco de Strasbourg, et je travaille très vite pour l’édition et la presse jeunesse. J’ai pu décrocher des commandes régulières, et j’ai travaillé ma souplesse par rapport aux exigences diverses de mes clients (Bayard-Presse, Larousse, Nathan, etc). Habitué à une “cuisine” graphique, à des recherches incessantes, j’ai migré tout naturellement vers l’outil informatique dès 1992. Je me suis intéressé à l’animation Flash en 2000. Puis des commandes très diverses ont suivi (dessins de presse pour Le Monde, Femme Actuelle, illustrations de couvertures pour Pocket ou Flammarion)

Couvertures pour la série "La drôle de famille de Myrtille" - Hatier-Poche.


Le studio d’animation “Normaal” m’a confié récemment la bible graphique de la série d’animation “Comme à la Maison” qui passe sur Canal+ Family. Je me suis régalé, il s’agit des péripéties d’une famille constituées de jouets dépareillés, des marionnettes filmées en stop-motion, et c’est très drôle.

"Comme à la Maison" © Normaal Animation.

Je travaille régulièrement pour le journal Spirou, pour des petites bandes dessinées, des jeux… Le studio de graphisme Avis de Passage m’a confié les illustrations d’une centaine de couvertures des guides de conversation Assimil, qu’il fallait relooker. Je suis devenu très polyvalent, et mes expériences successives enrichissent bien sûr ma façon d’aborder une nouvelle commande.

Couverture guide de conversation - Assimil.


AGENT 002 :
Tu as commencé il y a une petite vingtaine d’années dans ce métier en passant par l’école des Arts décoratifs de Strasbourg, où tu résides toujours. Peux-tu nous parler des rapports étroits entre la ville et l’illustration et de la communauté très importante des illustrateurs qui y résident ?

Guillaume Decaux : C’est vrai que les Arts-Déco de Strasbourg que j’ai fréquentés ont formé un nombre impressionnant d’illustrateurs ou d’auteurs de BD. Claude Lapointe qui a créé l’atelier “Illustration” a élaboré une pédagogie très ouverte, permettant à chaque étudiant de s’épanouir. Une proportion des étudiant(e)s devenus professionnels sont restés ici, à Strasbourg, ce qui donne un climat particulier à cette ville, et pour moi qui ne suis pas alsacien, cela a été une des raisons essentielles de mon choix de m’établir à Strasbourg. Ce vivier d’illustrateurs a conduit certains de mes anciens co-disciples des Arts-Déco à former récemment le “Grill” un groupement qui permet aux adhérents de discuter de la profession d’illustrateur, d’auteur, de scénariste, via un forum, de profiter d’une assistance juridique, ou tout simplement de se rencontrer lors d’un pique-nique en été, histoire de mettre le nez hors de son atelier. Pour terminer sur Strasbourg, on y trouve depuis 2007 le “Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration”, qui fait connaître les grands maîtres, pas seulement Tomi Ungerer, grâce aux expos temporaires : nous avons eu la chance de voir une très belle exposition sur Saul Steinberg. Je ne parle pas du prix des loyers à Strasbourg, ça va énerver les parisiens.


AGENT 002 :
Tu fais partie de ces illustrateurs curieux, passionnés par l’histoire de l’illustration, et qui se nourrissent d’images pour enrichir leur travail.

Quels sont les maîtres qui accompagnent tes recherches quotidiennes ?

Guillaume Decaux : Des choses très différentes, pas seulement des “maîtres”. Ça change régulièrement. Je n’arrête pas de chercher, et si je n’avais pas su dessiner, je serais devenu une espèce d’archiviste dans le domaine de l’image dessinée, de la culture populaire. J’aime beaucoup les dessinateurs de “Simplicissimus”, de “L’assiette au Beurre”, Gus Bofa… Les auteurs du “MAD Magazine” des années 50. Will Elder, Wallace Wood, Jack Davis… Et le plus génial de tous, Harvey Kurtzman. Je viens de recevoir par la poste les 2 recueils de “Humbug”, un journal éphémère fondé par Kurtzman en 1957, et entièrement réimprimé. Il y a une idée géniale à chaque page ! Je me passionne également pour les auteurs de BD américains des année 1920/30 qui ont complètement “inventé” la grammaire actuelle du strip ou du gag en une planche. E.C Segar, l’inventeur de Popeye, dont une intégrale est en cours de publication chez Fantagraphics, Frank King, ou Billy De Beck… Les éditeurs français ne semblent pas pressés de traduire ces petits chefs d’œuvre ! Dans un autre domaine j’aime aussi beaucoup Jiri Trnka, qui mériterait lui aussi un énorme bouquin sur son travail absolument colossal, dans l’illustration et l’animation. J’ai aussi découvert David Weidman récemment, qui est furieusement moderne. L’impact du travail de ces artistes est très diffus sur mon propre travail, mais il est réel. Mais le cinéma influence au moins tout autant ma façon de représenter les choses, dans ce métier il est nécessaire de se laisser des périodes de temps où l’on se comporte en “éponges”.


AGENT 002 :
Après avoir travaillé beaucoup pour la presse jeunesse, élaboré des projets d’animation, enseigné l’illustration, et une incursion récente dans la Bande dessinée. Quelles sont tes envies du moment ?

Guillaume Decaux  : Trouver du temps pour faire de la bande dessinée, d’une façon simple et limpide. (tout un programme !) et bien sûr continuer à expérimenter et à m’amuser en illustration.

Jeu pour Spirou spécial été.


AGENT 002 : Quelles sont les images que tu considères comme les plus emblématiques de ton travail, et comment vois-tu l’évolution de celui-ci ?

Guillaume Decaux : Mon point fort est le character design. J’adore dessiner des personnages, de toutes sortes. Je passe beaucoup de temps à remplir mes carnets de recherches, de situations improbables qui peuvent devenir des débuts de quelque chose. Des pistes possibles pour des nouvelles écritures graphiques, des histoires, ou de la bande dessinée.
Je suis en train de travailler sur une galerie de portraits de personnages urbains, des arrêts sur image de passants, de passantes, en ville. Une sorte de catalogue de caractères, de gens très différents, ça m’amuse beaucoup.

recherche de personnages

Personnages urbains, recherche.

Entretien avec Vincent Mathy

29 avril 2011

Vincent Mathy vit à Liège où il a commencé sa carrière aux éditions Dupuis il y a une quinzaine d’années et qui se poursuit aujourd’hui chez les meilleurs éditeurs jeunesse. Depuis maintenant un an, il renouvelle sa palette grâce à une nouvelle approche plus manuelle de son art avec de simples gommettes. L’occasion de lui rendre visite, et de faire un point sur une collaboration de 10 ans avec Agent 002.

Vincent Mathy en pleine préparation de l'expo "Aller-retour" de l'Articho. photo de Sophie Leroy

AGENT 002 : Tu as commencé par la bande dessinée chez Dupuis (avec Pierre Bailly comme coauteur), puis depuis quelques temps tu t’es tourné vers l’édition jeunesse.
Peux-tu nous expliquer ce choix de parcours ?

Vincent Mathy : Adolescent, j’ai eu un choc en découvrant, au hasard d’une bibliothèque, les bandes dessinées de Munoz et Sampayo. Mes goûts allaient aussi vers la ligne claire de l’époque. Durant mes études à Saint-Luc (Bruxelles) au début des années 90, j’ai compris à travers le parcours de Ever Meulen et Mariscal que le monde de l’image ne s’arrêtait pas à la bande dessinée. Il était dès lors évident pour moi que j’allais réaliser des images dans un cadre plus large. L’édition jeunesse était une façon assez simple de prendre pied dans le monde de l’illustration que je connaissais assez mal à l’époque.

Couverture d'un recueil de contes ,Editions P'tit Glenat, 2011

AGENT 002  : Tu fais partie de ces illustrateurs curieux, passionnés par l’histoire de l’illustration, et qui se nourrissent d’images pour enrichir leur travail.
Quels sont les maîtres qui accompagnent tes recherches quotidiennes?

Vincent Mathy : Paul Rand a dit qu’il était indispensable pour lui de combiner l’expérience pratique à une connaissance approfondie de l’histoire de sa discipline. Je suis 100% d’accord avec cela. Une fois le premier pied mis dans le monde de l’illustration, j’ai découvert un Eldorado qui, malgré une bonne quinzaine d’années de recherches acharnées, est loin d’être épuisé.
Une cascade de noms me vient alors à l’esprit. Je pourrais citer  Ever Meulen (ben oui, encore lui…), Tomi Ungerer, Otl Aicher, Saul Bass, Dick Bruna, Richard Scarry, Alain Grée, Ed Emberley, Alexander Girard, Enzo Mari, William Steig… mais aussi des créateurs plus obscurs que j’adore comme Fredun Shapur, Stepan Bohumil, Kurt Wirth, Laszlo Reber ou encore Wiktor Gorka.
Ma bibliothèque est très éclectique. Pour preuve, un de mes livres jeunesse préferé est “Tom & Tabby” d’André François (publié chez Delpire en 1963) qui est, je pense, à mille lieues de mon travail personnel.
Mes centres d’intérêts tournent aussi autour de disciplines périphériques à l’illustration telles que le design, la typographie, le logo, le dessin de motif, le folk-art, la céramique, la création de jouets ou encore la pédagogie …

puzzle avec pièces en bois encastrables , Djeco 2011

AGENT 002  : Ton travail a évolué depuis quelques mois avec une approche plus manuelle et l’apparition de gomettes dans tes images.
Quel a été le déclic et quelle est l’importance de cette nouvelle approche dans ton dossier ?

Vincent Mathy : Suite au travail commun réalisé avec Delphine Durand pour l’ exposition “aller-retour” organisée en 2010 par l’Articho, je me suis mis à utiliser des petites gommettes autocollantes rehaussées de gouache et d’encre de Chine. Ce travail plus intuitif met en avant deux de mes principales préoccupations “le jeu” et “l’économie de moyen”. J’y prends un plaisir fou !

Image en chantier…

Image finalisée pour les Cahiers de l'Articho (éditions en Marge 2009)

AGENT 002 : Peux tu nous parler de ton livre avec Jean-Luc Coudray, “les pensées à déplier”?

Vincent Mathy : La collection “Papillote” des Editions de l’Edune me semblait un bon endroit pour y installer mes images en gommettes …
Régis Lejonc ( illustrateur et D.A. de L’ Edune ) m’a fait confiance juste en voyant quelques pages sorties de mon carnet. La balle était dans mon camp. Cerise sur le gâteau, c’était sur des pensées de Jean-Luc Coudray dont je suis très fan.
Illustrer une pensée n’est pas simple, on peut vite la figer avec une image, tomber dans la démonstration visuelle pure et simple.
J’ai donc décidé de prendre ses pensées comme terrain de jeux en essayant d’inclure au maximum le lecteur comme troisième joueur.
L’idée était de créer la surprise en réinventant chaque fois le rapport entre la pensée et le visuel qui l’accompagne.

Les pensées à déplier

Les pensées à déplier

Les pensées à déplier

Entretien avec Antoine Helbert

2 février 2011

Antoine Helbert est entré chez Agent 002 début 2007, car il nous avait bluffé avec sa série de personnages hybrides, sortie de son imagination fertile et de son talentueux coup de stylet. Tout de suite repéré par les agences pour des campagnes d’envergure, il n’en poursuit pas moins son activité, parallèle, sa double vie de chef décorateur à l’Opéra National du Rhin. Nous vous invitons à découvrir cette facette et d’en apprendre un peu plus sur quelques campagnes.

Hybride - recherche personnelle

AGENT 002 : On te connait surtout comme illustrateur, mais une grosse partie de ta carrière se passe dans les coulisses de l’Opéra national du Rhin à Strasbourg. Peux-tu nous parler de cette partie cachée de l’iceberg ?

Antoine Helbert : J’ai débuté à l’Opéra national de Strasbourg il y a déjà une bonne quinzaine d’années, bien avant ma carrière d’illustrateur de publicité.  Mon travail à l’opéra m’a permis d’aborder tous les styles de l’antiquité à nos jours en passant par la Renaissance, le XIXème etc…en 2D comme en 3D. Cette approche a forgé mon propre style assez “éclectique”.

Antoine Helbert peignant une oeuvre d'après Bronzino

Antoine Helbert travaillant sur le rideau de scène peint du théâtre des Champs Elysées (15 m x 12m)

AGENT 002 : En quatre ans de présence chez  Agent 002, peux-tu résumer ton parcours d’illustrateur en 3 images  et nous parler de tes principales campagnes ?

Antoine Helbert : Comme toutes les histoires exceptionnelles, elle commence par une rencontre totalement hasardeuse avec Agent 002. Puis très vite les commandes se sont enchaînées : la toute première avec l’agence BETC EURO RSCG pour la Française des Jeux, qui m’a proposé de créer un vieux sage japonais façon estampe. Cela faisait appel à mes connaissances techniques (patines à l’ancienne) et mon goût pour l’Histoire de l’Art

Campagne Sudoku de la Française des Jeux (2007) - agence BETC EURO RSCG

Ensuite, l’agence Young & Rubicam a repéré mon travail pour les bières Grimbergen. Cette fois-ci c’était un vaste chantier faisant référence à Bruegel et à Bosch.

campagne Grimbergen "le silence" (2007) - agence Young & Rubicam

Puis il y a trois ans de cela, je décroche la toute nouvelle campagne Orangina créée par la jeune et dynamique agence FFL, aujourd’hui Fred et Farid Paris .
Cette commande marque un tournant dans ma carrière puisqu’elle utilise mon style bien perso (les êtres hybrides, l’hyper-réalisme, les textures).

campagne Orangina - agence Fred & Farid paris

AGENT 002 : L’agence Wolkoff et Arnodin  t’a confié les packs des collants fantaisie des nouvelles collections de la marque Chantal Thomass. Comment se déroule cette collaboration avec cette marque et sa créatrice ?

Antoine Helbert : Tout d’abord, c’est Chantal Thomass qui m’a choisi et elle m’a fait totalement confiance et c’est très rare dans ce métier ! Je pense réellement que son univers rejoint quelque part le mien un brin glam, poudré, chic et intemporel. Donc, je dirais qu’une parfaite harmonie s’est opérée. Je retiendrais aussi la fluidité, mot qui correspond bien à cette collaboration.

Collection bas Chantal Thomass - printemps été 2011

Antoine Helbert et Chantal Thomass

Alexis Taieb : entretien

7 janvier 2011

Alexis Taieb (plus connu par certains sur le pseudonyme de Tyrsa) a fait son apparition chez Agent 002, dans le Studio, en décembre 2010. Ses images pour la campagne de lancement du magazine Serge nous ont séduites, et quelques jours après avoir présenté son travail sur notre site, c’est la marque Bic qui lui confiait la réalisation de sa carte de voeux sous la forme d’un petit film réalisé via l’agence Five.
L’occasion pour nous de faire plus ample connaissance avec son univers graphique et de partager cette rencontre avec les lecteurs du Blog 002.

Alexis Taieb, en pleine création de la carte de voeux BIC

AGENT 002 : En quelques mots, peux-tu résumer ton parcours et nous présenter ton dossier en 3 images ?

Alexis Taieb : Je m’appelle donc Alexis, surnommé Tyrsa depuis bien longtemps. Plus précisément depuis que j’ai entamé le graffiti il y a plus de 10 ans de cela.
C’est par cette activité que j’ai commencé à m’intéresser au graphisme, avec une grosse affinité pour la typographie. Qui était une extension du travail de la lettre que j’exerçais dans mes graffs.
À la suite d’études dans le secteur (Lisaa puis Gobelins), j’ai eu l’opportunité de travailler aux Guignols de l’info, ce qui était une très bonne expérience, d’autant plus que le planning était suffisamment flexible pour que je puisse entamer mes premières missions de freelance dans diverses agences parisiennes. Celles-ci se sont très bien déroulées et j’ai pu étendre ma clientèle tout en continuant de travailler sur des projets plus personnels.

Canal+ handball

Canal+ Handball
L’agence Betc m’a commandité ce travail en février 2010. Connaissant un peu mon travail en typographie ainsi qu’en graffiti, ils m’ont donné l’occasion de travailler différentes typo tout en restant très libre, avec un style très personnel. Ce qui est assez rare avec un tel client. C’est pourquoi je l’affectionne tout particulièrement, je trouve également l’idée et la photo très justes. Ce qui honore encore plus mon travail.

restaurant Barbershop

Barbershop
Le Barbershop est un restaurant/bar situé à Paris dans lequel j’y ai mes habitudes. J’ai eu l’honneur d’y retravailler l’identité complète du lieu.
J’ai donc essayé de trouver la parfaite symbiose entre une identité de brasserie parisienne traditionnelle et celle d’un vieux barbershop américain.
J’ai donc évidemment travaillé le logo,  les cartes de visites, le menu, mais on a également eu l’idée de pousser un peu plus notre collaboration en y réalisant une fresque qui serait sur le verso de chaque menu dépliant. De là, l’idée de la décliner en planche de Skateboard puis en tee-shirt.
Cette illustration marque une étape importante pour moi, celle de vouloir sortir en peu du medium purement informatique, et de m’exercer un peu plus avec des outils tels que le crayon à papier.

Sky might fall

Sky Might Fall
L’intitulé de cette composition provient d’une chanson de l’artiste américain Kid Cudi que j’ai beaucoup écouté à un moment donné. J’ai eu l’envie de retranscrire les émotions et les images qui me venaient en tête en l’écoutant. J’y ai donc installé un univers sombre, post-apocalyptique, avec comme souvent, la typo en majeure. Celle-ci dégringolant et perdant de sa peinture éclatante pour accentuer ce côté apocalyptique.
J’ai beaucoup apprécié travailler ce visuel, car j’ai essayé de pousser au mieux le réalisme de la typo en travaillant ombres & lumières sans jamais utiliser de logiciel 3D.

AGENT 002 : L’agence La Chose t’a confié une partie des visuels de la campagne pour le magazine Serge. Quel est le processus créatif d’une telle campagne ?

Alexis Taieb : Lorsque l’agence m’a contacté pour cette campagne, ils avaient alors une vague idée de ce qu’ils désiraient. Les équipes créatives avaient à ce moment-là seulement les combinaisons de phrases mais la partie visuelle était encore un peu floue. Ce projet n’a donc pas été qu’une simple exécution des idées des créatifs de l’agence, comme c’est souvent le cas, mais j’ai également pris part à la conception de chaque visuel. Ce qui m’a beaucoup plu, évitant les frustrations qu’un brief trop fermé peut amener.
Le processus était donc celui-ci, l’agence me communiquait les combinaisons de phrases, de mon côté je réfléchissais aux idées, débattais dessus avec les créatifs de l’agence, pour ensuite travailler et envoyer un croquis.
J’exécutais ensuite ce croquis une fois que l’agence ainsi que le client l’avaient validé.

illustration pour la promotion du magazine Serge

AGENT 002 : tu as intégré l’équipe de Studio en novembre 2011 et tu démarre cette collaboration avec un projet de carte de voeux typo pour Bic. Peux tu nous parler de ce projet ?

Alexis Taieb : En effet, une fois le Studio intégré, j’ai très rapidement été contacté pour réaliser cette carte de voeux pour Bic. Le travail consistait à travailler 24 voeux en 24 langues différentes, tout ça avec le matériel Bic mis à disposition.
Tout s’est fait assez rapidement. J’ai du travailler en amont les 24 typos en 1 journée seulement pour pouvoir les faire valider par le client. Une fois de plus, j’ai été trés libre dans le traité, je me suis donc amusé à travailler différents styles, avec diverses influences.
Nous avons ensuite fait la journée de tournage au sein de l’agence qui a commandité le projet, Five. Le film a été tourné et réalisé par Emmanuel Schmitt, de Chivita Production, qui a eu de très bonnes idées lors du tournage. Je suis d’ailleurs très satisfait de son travail, il met bien en valeur mon travail.

Une des 24 typos de la carte de voeux 2011 de BIC

Daniel Egnéus : entretien

24 novembre 2010

Daniel Egnéus est né en Suède en 1972 à Falköping. Après avoir passé quinze ans à parcourir l’Europe, de Stockholm à Prague, c’est à Milan qu’il a posé ses valises après un détour par Bologne et Rome. Nous avons découvert son travail d’illustrateur il y a trois ans par le biais des toutes jeunes Editions 1973. Après “Hot Dog – roman cuisine” et  “Canapé” avec Elise Milicevic, il publie aujourd’hui un nouveau recueil d’un croustillant polar culinaire “Le chinois”.  Ses clients internationaux (Nike, Pepsi Cola, Adidas, Playboy, Marie Claire, The Times et des dizaines d’autres) ont su apprécier l’impact de ses images dont la beauté brute dégage une émotion subtile et enivrante. Ses originaux se retrouvent dans plusieurs collections privées à Tokyo, Bombay, Londres et aux Etats-Unis. Vous trouverez une de ses plus belles œuvres sur la rubrique Le shop d’Agent 002.
Il nous dévoile, pour notre plus grand plaisir, et en exclusivité pour notre blog ses projets à venir. N’oubliez pas d’aller voir son film en fin d’interview, vous ne le regretterez pas !

Daniel Egneus - 2010 © Francesca Nervi

1 – AGENT 002 : Comment as-tu démarré dans ce métier ?

Daniel Egnéus : J’ai quitté l’école à 15 ans et j’ai commencé à travailler. Comme j’ai toujours dessiné, le choix était facile. C’est un bon moyen qui permet de créer des images et de payer ses factures en même temps ! Je pense que chacun porte la poésie en soi, ou une mythologie personnelle à partir de ses sentiments très intimes. Vos croyances personnelles s’élaborent d’après vos propres expériences vécues. La chose la plus difficile pour moi, en tant qu’illustrateur et de re-créer et capturer ces sentiments, puis de réussir à les traduire en formes et en couleurs. En fait, cela revient à créer un langage et une style propres correspondant à sa mythologie personnelle qui est aussi unique que l’écriture manuscrite de chacun. Et alors il faut exprimer ces ressentis, les coucher sur le papier en essayant d’être aussi direct que possible.

Daniel Egneus dans son atelier ©Alberto Bernasconi

2 – AGENT 002 : Quelles sont les personnes/ (illustrateurs ou autres) qui t’ont donné envie de faire d’une passion un métier ?

Daniel Egnéus : J’ai appris à dessiner en regardant les illustrations de Gustave Doré mais il y a évidemment une tonne de choses qui m’ont inspiré comme la musique, la peinture et les livres. Quand j’étais petit, j’adorais les images de Carl Barks, Wally Wood et Jack Davis, Will Eisner, Arthur Rackham. Plus tard lorsque j’ai découvert l’art contemporain, c’est tout un nouveau monde qui s’est ouvert pour moi.

3 – Agent 002: Quelles ont été tes expériences professionnelles, les campagnes les plus marquantes ?

Daniel Egnéus : Je pense que c’est le livre “Le petit chaperon rouge” pour Harper Collins aux Etats Unis. C’est une interprétation gothique et adulte du conte de fée. Et j’ai travaillé pendant 3 mois sans interruption pour faire 80 illustrations en pleine page. Je suis très fier de ce projet. Le livre sortira début février 2011, dans le monde entier.
En commençant à travailler sur “le petit chaperon rouge”, j’ai essayé d’insérer dans mes dessins mon environnement familier, mes amis, ma compagne, mes rêveries et aussi Milan où je vis et Venise que j’adore, à 2 heures de chez moi. J’ai imaginé le Loup comme une sorte de Casanova du XVIII ème siècle,  avec ces incroyables plumes à son chapeau et son long manteau.

"The little red riding hood" chez Harper Collins - parution fin janvier 2011

4 – Agent 002 : As-tu un souhait particulier, un projet qui te fait rêver ?

Daniel Egnéus : Oui, j’aimerais dessiner des costumes pour le théâtre.

5 – Agent 002 : “Leaving home” est une animation réalisée à partir de tes illustrations. Pourrais-tu nous en dire plus ?

illustrations : Daniel Egnéus, direction Mario Greco et musique Stefano Brandoni

Daniel Egnéus : C’est vraiment très intéressant de voir ses illustrations prendre vie ! C’est une nouvelle façon de travailler pour moi car c’était un travail d’équipe avec le réalisateur Mario Greco et le musicien/compositeur Stefano Brandoni. On s’est vraiment bien amusé ensemble et on a très envie de renouveler l’expérience avec un nouveau projet.

6 – Agent 002 : En France, le roman-cuisine “Le Chinois” (Edition 1973) que tu as illustré vient de paraître.

Daniel Egnéus : C’est une chouette collaboration et c’est maintenant le 3ème “roman-cuisine” que j’illustre pour les Editions 1973. Le premier “Hot Dog” a gagné le Prix Gourmand en France, pour le meilleur livre de cuisine illustré !

Deux romans-cuisine illustrés par Daniel Egneus (www.1973.fr)


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