Rencontre avec Laure Dorin

Après une formation aux Arts-déco de Strasbourg, Laure Dorin travaille en étroite collaboration avec Karambolage (Arte) pour qui elle a déjà réalisé une dizaine d’animations. Jonglant entre animation et illustration, Laure vient de rejoindre Agent 002.

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autoportrait

Agent 002 : Quel a été le point fort de ta formation aux Arts décoratifs de Strasbourg (aujourd’hui rebaptisés Haute école des arts du Rhin) et fais-tu une différence entre une approche didactique ou créative dans ta manière d’aborder une image ?

Laure Dorin : J’ai suivi l’option Didactique visuelle aux Arts Décoratifs, et il me semble que son point fort tient du fait qu’elle laisse champ libre au support artistique. L’idée est de transmettre un savoir, un apprentissage, un propos didactique, à nous de trouver le medium qui nous conviendra le mieux. Certains axent sur le graphisme, d’autres davantage sur l’illustration, la photo ou encore la vidéo, mais l’idée de fond reste la même, le propos didactique. Je ne fais pas de différence entre une approche didactique et créative car l’une me paraît inhérente à l’autre et le processus est le même : trouver l’idée puis le meilleur moyen de l’exprimer.

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Orange 4G – réseaux sociaux (agence Marcel)

Agent 002 :  Peux-tu nous parler de ta collaboration régulière avec Arte sur les films de Karambolage et le processus créatif habituel ?

Laure Dorin : On trouve rarement une collaboration aussi évidente que celle-ci, car j’ai véritablement carte blanche ! J’ai souvent le choix entre plusieurs textes écrits par les auteurs de Karambolage, et de celui qui m’inspire, je reçois l’enregistrement de la voix-off. À partir de là, je découpe le texte dans ses points forts et j’essaye de trouver une idée forte qui filera sur toute l’animation. Pour "l’assiette à salade", j’avais envie de travailler sur le motif, pour différencier la France de l’Allemagne.

 Karambolage - storybard du sujet "l'assiette à salade"

Karambolage – storybard du sujet "l’assiette à salade"

Pour le mariage franco-allemand, comme le propos était très administratif, j’ai pensé toute l’animation sur l’idée du parcours du combattant et du jeu vidéo. Quand je tiens mon fil conducteur, je croque un storyboard, puis je me nourris d’images, proches du thème ou non, et de références personnelles. Je travaille ensuite assez longuement ma palette de couleurs (même si je retombe souvent dans les mêmes), comme à l’ancienne, car c’est sur elle que je m’appuie pour garder une unité dans l’ensemble de l’animation. Je fais d’ailleurs des captures d’écran tout au long de la création de l’animation pour pouvoir en avoir un aperçu général sous forme de storyboard, et c’est ce qui me permet de ne pas m’éloigner de mon ambiance graphique, ce qui est le risque quand on travaille plus d’un mois sur un projet.

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Karambolage – "le mariage franco-allemand"

L’équipe de Karambolage m’attribue définitivement le texte après avoir visualisé 20 secondes d’animation, j’envoie ensuite régulièrement l’évolution de mon travail. J’ai énormément appris grâce à Karambolage. Claire Doutriaux a beaucoup d’expérience et maitrise parfaitement le contenu de son émission, et c’est grâce à elle et son équipe que depuis les premières animations j’ai notamment fait évoluer mes personnages et apporté davantage de soin à la qualité de mes transitions. Les corrections qu’elle me demande sont toujours très justes, c’est extrêmement agréable de travailler avec un client qui ne te demande pas de changer la couleur du fond parce qu’il lui rappelle le napperon de sa grand-mère, et c’est surtout inestimable qu’il te permette de progresser.Karambolage_geste_2

Agent 002 :  Quelles sont tes sources d’influence et vers qui vont tes admirations dans ce métier ?

Laure Dorin : Mes sources d’influence viennent de plein de choses qui n’ont rien à voir et qui se télescopent : les jeux vidéo de mon enfance, les dessins animés russes (dont « Le petit cheval bossu »), les gravures anciennes, l’imagerie didactique surannée, les illustrations des années 50-60… Pour le coté "histoire de l’art", ce sont les estampes japonaises, l’Art Nouveau, les affiches constructivistes, Klimt…  et plus récemment Raoul Dufy  pour qui j’ai eu véritable coup de cœur il y a quelques années avec l’exposition organisée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Il y a une spontanéité et une fraîcheur dans ses œuvres qui me donnent envie de dessiner là, maintenant, tout de suite.Karambolage_chasse_2

Je suis naturellement attirée par des images très colorées, comme les dessins de Mary Blair pour Walt Disney, les aquarelles de Brecht Evens, les tableaux de David Hockney. Très souvent ce sont des images qui associent aplats de couleur et détails minutieux qui attirent mon attention. Depuis quelques jours c’est le collectif Hell’o Monsters qui a toute mon admiration.

Orange 4G (extrait)

Orange 4G (extrait)

Mes parents ont tenu pendant une quinzaine d’années un magasin de jeux de société, et j’ai beaucoup joué aux jeux vidéos avec mes frères, je crois que l’univers du jeu  influence mon travail : J’aime le graphisme des plateaux de jeux et des cartes à jouer, celles très colorées du jeu « 1000 bornes » etc. Surtout, ça a influencé ma manière de travailler. Je suis joueuse, alors j’essaye de me challenger et de me trouver un défi pour chaque nouveau projet, pour m’amuser à chaque fois.. Ça tient souvent à peu de choses, une couleur que je n’utilise jamais par exemple, comme le vert de l’animation sur le langage des signes !

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Agent 002 : Quel serait le boulot de rêve te concernant ?

Laure Dorin : Conceptrice de nuages moutonneux. Non, créatrice de couleurs pour poissons abyssaux.
Plus sérieusement, je crois que je n’en suis pas loin, à un détail près, le statisme. En fait mon boulot de rêve serait le mien mais en plus mobile. Il faudrait que je puisse travailler en marchant et que je puisse à tout moment dire "gogogadjectoboulot" pour sortir un ordinateur. Et en même temps je me dis que ce n’est pas vraiment impossible non plus. Cette question me trouble.

Agent 002 :  As tu un super pouvoir, et si oui, lequel ?

Laure Dorin : Celui de travailler en marchant, j’ai trouvé une solution entre temps.cultureciné

Entretien avec Alexandra Pichard

Alors qu’elle compte à son actif plusieurs publications dans le domaine de la jeunesse la non moins jeune Alexandra Pichard vient de rejoindre l’équipe d’Agent 002. Présentation.

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Agent 002 : en quelques mots, peux tu résumer ton parcours et ce qui t’a amené à l’illustration?

Alexandra Pichard : Tout a commencé il y a une vingtaine d’années, en lisant un livre pour enfants dont l’intrigue principale tournait autour d’une bouilloire qui siffle. L’envie d’être illustratrice comme celle d’avoir une bouilloire qui siffle a été immédiate. J’ai donc fait des études d’illustration aux Arts décoratifs de Strasbourg et j’en suis sortie diplômée en 2009. Je suis maintenant comblée car mes deux souhaits se sont réalisés.

illustration

 

Agent 002 : Quelles sont tes références, tes inspirations ?

Alexandra Pichard : Je suis intéressée par les personnages. Je les aime drôles ou pathétiques, en décalage avec le monde dans lequel ils vivent. En ce sens, les dessins de Sempé sont les plus jubilatoires. Autrement, les livres illustrés qui m’ont laissé les meilleurs souvenirs sont des bandes dessinées : le petit Christian de Blutch, et Quai d’Orsay de Christophe Blain, pour leur humour,  la richesse et l’expressivité des personnages.

Mes films d’animation préférés sont ceux de Hayao Miyazaki : Mon voisin Totoro et Ponyo sur la falaise. Au cinéma, j’ai aimé Greenberg de Noah Baumbach, dont le protagoniste, fragile et acariâtre, suscite simultanément l’antipathie et l’attachement. En littérature, c’est Gros-câlin de Romain Gary qui m’a le plus marquée.

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Agent 002 : Peux-tu nous présenter ton dossier en 3 images

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Alexandra Pichard : Cette page est extraite de Muette, écrit par Anne Cortey, aux éditions Autrement. L’héroïne du livre ne participe pas à la vie familiale mais préfère s’isoler. J’ai traduit cela graphiquement par la contre-forme dans laquelle la fillette est enfermée et la différence de traitement des personnages au deuxième plan.

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Être responsable est un titre de la collection Chouette ! Penser aux éditions Gallimard Jeunesse Giboulées. J’ai illustré un passage du livre dans lequel le jeune narrateur doit surveiller son petit frère. Il compare cette responsabilité à un poids et s’inquiète de ne pas être à la hauteur de la charge qu’on lui confie. J’ai trouvé amusant de jouer avec le rapport d’échelles entre les deux personnages.

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L’image suivante a illustré un article sur le rôle de l’État en matière industrielle, dans la revue Le Mook. Il s’agissait de faire le lien entre développement de l’industrie et augmentation du pouvoir d’achat. Le grue, symbole de l’industrie, dépose avec simplicité une maison déjà investie par ses habitants. Acquérir un bien immobilier paraît ne demander aucun effort. 

Agent 002 : Quelles sont tes envies du moment, tes projets ?

Alexandra Pichard : Je viens d’illustrer une histoire de Vincent Cuvellier, «Les socquettes blanches»,  à paraître aux éditions Gallimard Jeunesse Giboulées en avril. Maintenant je travaille sur mon propre album jeunesse. Je n’avais pas mené de projet personnel depuis Herman et Dominique, paru en 2009 chez Thierry Magnier, c’est donc un moment très excitant. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il sera question d’une fourmi, d’un poulpe, et d’une partie de ping-pong.

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Agent 002 : As-tu un super pouvoir ? Lequel ?

Alexandra Pichard : Je peux me transformer en singe si je fixe la pleine lune.

singe

À la découverte de Cachetejack

Cachetejack? Sous ce nom se cachent Nuria Bellver et Raquel Fanjul, un duo d’illustratrices espagnoles basé à Valence.
Leur univers graphique est plein de couleurs, d’énergie, d’humour et d’ironie. Leurs dessins à la main offrent un style frais et unique qui leur permettent de travailler pour une grande variété de supports : livres, magazines, journaux, vêtements, murs …
Cachetejack rejoint Agent 002 ce mois-ci.

Agent 002 : À quand remonte la formation du duo Cachetejack, que signifie ce nom, bref pouvez-vous vous présenter?

Cachetejack : Nous nous sommes rencontrées aux Beaux Arts il y a sept ans. Nous sommes amies et toujours en train d’échanger nos meilleures blagues. Lors de notre dernière année d’étude, nous avons réalisé que cet humour qui nous liait pourrait être la marque de notre travail. Nous sommes Cachetejack depuis deux ans maintenant. Pour nous Cachetejack est un monstre à deux têtes qui apparaît lorsque nous sommes ensemble…

Agent 002 : Comment vous partagez-vous le travail?

Cachetejack : Nous travaillons toujours ensemble, c’est un travail d’équipe et les idées nous viennent en parlant de tout et de rien, dans les moments de la vie quotidienne, avec nos amis… Nous travaillons dans notre studio baptisé “Pisito Franco”, nous y travaillons côte à côte. Nous sommes une équipe et de fait chacune peint, pense et dessine.

Agent 002 : Quelles sont vos influences?

Cachetejack : Beaucoup d’illustrations nous touchent, entre autres, l’illustration anglaise mais aussi de vieilles images tchèques ou polonais tout autant que le “street art”… Mais nous ne nous contentons pas de références dans le domaine de l’art, nous les recherchons un peu partout. Nous adorons faire les marchés aux puces, trouver des objets originaux ou avec des combinaisons de couleurs intéressantes, observer les gens et leur façon de s’habiller… Il faut être ouvert d’esprit, ça aide pour trouver des idées autant que dans la vie de tous les jours.

Agent 002 : En tant qu’illustratrices, quelles sont vos envies dans un futur proche?

Cachetejack : Nous apprécions énormément d’avoir un travail où nous sommes libres. Nous aimons tout autant suivre nos projets personnels que répondre à des commandes. C’est formidable d’avoir assez de temps pour travailler sur ce qui nous plaît, mais aussi de le faire dans un endroit comme notre studio que nous avons choisi et apprécions. De même, nous avons la liberté de pouvoir voyager, d’apprendre d’autres personnes et cultures. Pour ce qui est de notre rêve, il pourrait se résumer ainsi : “Nous sommes Cachetejack, nous sommes illustratrices et nous prenons plaisir ainsi!”

Agent 002 : Cachetejack, avez-vous des super pouvoirs?

Cachetejack : Bien sûr, l’humour et c’est pour nous le plus important. La beauté et la séduction ne sont jamais très loin mais c’est l’humour qui domine. Tout dans notre vie passe par là, les problèmes ne sont jamais si grands lorsqu’on les prend avec humour…

Entretien avec Iris Hatzfeld

Après un DESS d’Histoire de l’art à la Sorbonne, Iris Hatzfeld, férue de dessin depuis la lecture de ses premiers "Fantômette", crée en autodidacte des animations dans le style spontané d’une esquisse en mouvement. Elles entraîneront son premier contrat avec Warner Music France.
Elle a depuis collaboré avec La Mutuelle Générale, Baby Dior, et Ines de la Fressange pour qui elle réalise depuis plus d’un an les animations des "Carnets d’Ines" chez Roger Vivier, tout en menant une recherche personnelle de dessinatrice, visible dans des magazines tels que Sang Bleu, Frédéric magazine ou l’Officiel de la Mode.
Elle a rejoint le département Studio d’Agent 002 en mai 2010.

Agent 002 : quel est ton parcours et comment es-tu arrivée à l’illustration et l’animation ?

Iris Hatzfeld : Parallèlement à des études d’Histoire de l’art à la Sorbonne, j’ai suivi des cours du soir dans une académie de dessin. Je tenais des carnets d’expositions dans lesquels je croquais beaucoup. Mes amis ont commencé à me demander de faire des visuels pour leurs soirées. À la fin de mes études, j’ai rencontré Marc di Domenico, fondateur du label Palass. Il était tombé sur les quelques secondes d’animation que j’avais réalisées jusque-là pour le collectif Promiscuita. Il m’a proposé de réaliser le clip du premier single, "le Gang", des BB Brunes, un petit groupe de rock qui venait de faire un carton aux "Rock’n'Roll Fridays" du Gibus. J’ai accepté sur un coup de tête. Quelques semaines plus tard j’avais réalisé un clip diffusé en boucle sur MTV! C’était drôle et inattendu.

image tirée du clip "le gang" des BB Brunes

J’ai choisi de poursuivre dans cette voie. A côté de l’animation, j’ai continué à dessiner, à proposer ma contribution à des magazines qui m’intéressaient. Le très beau Sang Bleu fut l’un des premiers et des plus stimulants avec une série au fusain sur le thème de l’hiver nucléaire.

Magazine Sang Bleu – l’hiver nucléaire

Suite à la publication d’une série de portraits sans visage sur le site de Frédéric Magazine, Adrien Pelletier m’a demandé d’illustrer "les Nouvelles à la loupe" de Nicolas Bedos dans l’Officiel de la mode. Les commandes donnent l’occasion de varier techniques et supports.

L’Officiel de la mode – David Bowie

L’habillage du site de vente en ligne de vêtements pour enfants Little French fut l’occasion, par exemple, d’illustrer sur ordinateur un univers enfantin.

Little French

Agent 002 : quelles sont tes influences et tes inspirations ?

Iris Hatzfeld : Mes premières héroïnes étaient dessinées: les filles audacieuses et sexy de Cat’s Eyes, Lamu, Fantômette par Josette Stefani: j’avais envie de faire partie de leur bande et par extension c’est en les regardant que j’ai commencé à dessiner. Les princesses diaphanes d’Adrienne Ségur me fascinaient. Je restais également plongée de longs après-midis dans les albums de Moebius. Aujourd’hui le travail de David Hockney  m’intéresse beaucoup. Je reviens de son exposition au Guggenheim de Bilbao qui est splendide, très inventive. Son usage de l’Ipad est d’une ingéniosité saisissante. Il m’a donné l’idée,  l’année dernière, d’entamer une série de portraits au doigt sur Iphone.
Parmi les réalisateurs d’animations, j’aime Saul Bass et John Whitney.

Portrait réalisé par Iris sur I-phone – "Hugues"

Agent 002 : Parle-nous de ta collaboration depuis quatre ans aux "Carnets d’Ines"  pour le site du chausseur Roger Vivier.

Iris Hatzfeld : Ines de la Fressange était l’ambassadrice des souliers Roger Vivier depuis quelques années. Elle avait déjà ce projet en tête quand elle a rencontré Marin Montagut, le futur réalisateur des Carnets. Son idée de départ était de  présenter ses meilleures adresses à Paris dans un format court et sur un ton léger. Marin lui a montré nos réalisations associant vidéo et animation. Il fallait que les animations apportent de la fantaisie et un peu de désordre, comme des croquis sur un carnet de bord. Je m’amuse beaucoup à détourner le support vidéo avec des dessins, à faire dialoguer les deux avec humour. On a commencé il y a déjà 4 ans. Aujourd’hui les Carnets ont du succès et on vient de lancer les Amis d’Ines, sa version internationale avec un nouveau générique animé et dans chaque ville une invitée de choix. L’équipe de Roger Vivier nous laisse très libres et nous travaillons dans un climat de confiance.

les animations d’Iris pour les carnets d’Ines sont à découvrir ici : http://www.rogervivier.com/fr/#/les-carnets-d-ines

Agent 002 : Tes projets en cette rentrée 2012 ?

Iris Hatzfeld : Je viens de terminer une campagne de rentrée 2012 pour la Mutuelle Générale. Une douzaine d’animations pour internet et deux pour la télévision.

La Mutuelle Générale – campagne 2012

Juste avant, j’ai réalisé une série de dessins aquarellés pour des brochures Baby Dior qui sont actuellement distribuées en boutiques.

Baby Dior

Les Carnets continuent avec un épisode parisien de rentrée et des vidéos habillées autour de l’ouverture de la boutique Roger Vivier à Pékin. Actuellement, je travaille sur la pochette du second EP de Cinéma pour Adulte et sur une publicité psychédélique en animation, pour une marque de maquillage imaginaire. Je rêve de réaliser un générique de film cette année.

Agent 002 : Iris, as-tu un super-pouvoir ?
Iris Hatzfeld : Oui ! Je ne rate jamais mon risotto.

Entretien avec Denis Carrier

C’est au creux des montagnes alpines que Denis Carrier (et sa grosse barbe) crobarde et dessine le plus clair de son temps. Passionné de musiques et de guitares en tout genre (il a notamment réalisé une affiche pour Arcade Fire dans le cadre "Art Rock", du festival Rock en Seine), le casque vissé sur les oreilles et un pied sur sa planche fétiche, ce Grenoblois d’adoption porte un regard attentif sur le monde qui l’entoure.
Il dessine pour la presse (The New York Times Magazine, Newsweek Magazine, Le Monde ou Wired), la SCNF, et s’est même mis à nu avec une série de caleçons pour Pull In ! Un style naïf qui laisse la part belle à l’idée, et des idées, il n’est pas prêt d’en manquer !

Denis Carrier dans son atelier

Agent 002 : Bonjour Denis, en quelques mots, peux tu résumer ton parcours et ce qui t’a amené à l’illustration?

Denis Carrier : À  la base, j’ai une formation de designer graphique et par la suite je me suis tourné vers l’illustration car je n’arrivais pas à trouver suffisamment de projets de graphisme dans lesquels m’épanouir. Je voulais me retrouver face à un questionnement (de fond ou de forme) et non pas dans de l’exécution bête et méchante. Après quelques mois à démarcher, j’ai trouvé quelques commandes où je retrouvais cette envie et les années passant, j’ai continué dans cette voie. Aujourd’hui, j’ai laissé un peu de côté le design graphique pour me consacrer quasi essentiellement à l’illustration.

Agent 002 : Quelles sont tes références, tes inspirations ?

Denis Carrier : Je penses tout de suite à des gens comme Savignac, Saul Bass, Sempé, Joseph Müller Brockmann, Dieter Rams mais aussi Sagmeister pour sa manière de voir la pratique professionnelle. J’aime trouver dans une image, une histoire qui arrive à exister dans une économie de moyen graphique. Je trouve que cela renforce celle-ci car chaque élément a un réel rôle à jouer dans la compréhension de l’image.

Agent 002 : Peux-tu nous présenter ton dossier en trois images ?

La première est un poster d’Arcade Fire réalisé dans le cadre d’une exposition pour le festival de musique Rock en Seine.

Poster d’Arcade Fire pour le festival Rock en Seine 2010

Il y a deux ans, j’ai eu la chance d’être appelé à participer à cette exposition et encore plus d’illustrer la tête d’affiche du festival qui se trouvait être l’un de mes groupes préférés. Étant totalement libre dans le processus de création. J’ai choisi de créer une image forte, chargée de petites références. Le résultat a été ce poster naviguant entre spirituel et graphisme minimal.

un kiss pour Gap (t-shirt)

Cette seconde image est une illustration pour un t-shirt pour la marque Gap. C’est un dessin qui vient de mon habitude à chercher tout les jours une idée graphique. Celui-ci utilise un mécanisme typographique basique qui permet d’illustrer le mot de manière humoristique tout en restant le plus simple possible. J’aime l’idée qu’en voyant le dessin les gens se disent “mais oui, comment je n’avais pas pu remarquer ça !”
Par la suite, ce dessin à été vu par Threadless qui l’a proposé à Gap et maintenant on peut le retrouver un peu partout aux États-Unis.

La Maroquinerie – septembre 2010

Après le poster d’Arcade Fire, la salle de concert La Maroquinerie m’a proposé de réaliser leur programme. Après plus d’un an de collaboration ensemble sur une base d’illustration vectorielle, début 2012, nous avons décidé de faire évoluer les programmes et j’ai proposé de passer à de la photo. L’idée était de transférer mon travail d’illustration avec des objets réels. Pour cela, le mécanisme est le même qu’une illustration standard, je cherche des idées et quand des pistes intéressantes prennent forme, je passe une demie journée avec le photographe Christophe Levet pour trouver la bonne lumière et avoir une qualité d’image impeccable. Le but est d’essayer de ne pas retoucher les images et d’obtenir une image forte suffisant à elle-même.

La Maroquinerie – septembre 2012

Agent 002 : Quelles sont tes envies du moment, tes projets ?

À l’heure actuelle, j’ai envie de continuer à avancer à mon rythme et accumuler de l’expérience. Cela ne fait que 2 ans que l’illustration est au centre de ma pratique et j’ai encore pas mal de route à parcourir avant d’en avoir fait le tour (si je le fais un jour…). J’aimerais  pouvoir continuer à mixer les clients et à l’avenir travailler autant pour la presse, la pub et la mode.
J’ai également l’envie de continuer à travailler mon dessin et d’affiner celui-ci. Et peut-être penser plus sérieusement à la création d’un album illustré.

The Blood Next Door : l’interview

The Blood Next Door est un duo d’artistes fondé en 2007 par anthony peskine et Nazheli Perrot, qui ont à ce jour 60 ans à eux deux. Ils se sont rencontrés pendant leurs études aux Beaux Arts de Paris.
Ils créent des photomontages apportant à leur époque un miroir déformant. La technique de composition, de prises de vues et surtout de retouche est pour eux d’une extrême importance pour la crédibilité des visuels. Leur travail est d’abord diffusé dans des galeries d’art à Paris, Mulhouse, Nothingham et Townsville (Australie). Leurs images sont publiées dans Le Monde 2, Respect Magazine et Palace Costes. Ils gagnent également des prix photographiques, tels que le prix de la photographie de l’année 2008, catégorie jeunes talents, les récréations photographiques de la Fnac en 2009, sont finalistes au prix Arcimboldo en 2009, et remportent un prix à Photo-Levallois en 2011.
En 2011, ils sont contactés par Gaspard Royant, chanteur, afin de lui produire une image. Cette collaboration leur donne le goût de la commande. Ils réfléchissent, se brossent les dents, puis décident de pousser la porte d’Agent 002 en mai 2012.

The Blood Next Door : Nazheli Perrot & Anthony Peskine

Agent 002 :  vous travaillez en duo sous le nom de The Blood Next Door. Quelle est l’origine de cette association et de ce nom ?

The Blood Next Door : Nous nous sommes rencontrés aux Beaux Arts de Paris, et nous avons commencé à faire des photos ensemble pour nous amuser. A la sortie de l’école, nous avons pris goût à nos créations et avons commencé à structurer notre duo. Le nom vient de la tonalité de nos images, et nous avons souhaité un nom en anglais pour rendre notre travail accessible partout. "The Blood Next Door" est tiré de l’expression anglo-saxonne "The boy (girl) next door", qui veut dire le voisin, monsieur tout le monde. Nous y remplaçons le terme concernant une personne par blood (sang), pour insérer l’idée d’une autre dimension dans la vie de tous les jours.

Agent 002 : Comment vous est venue l’idée de l’affiche de la fête des mères ? Comment concevez-vous vos photos ? Comment vous répartissez-vous les rôles ?

The Blood Next Door  : Michel Lagarde nous a demandé de faire une petite image pour illustrer la newsletter de la fête des mères. Nous avons donc voulu évoquer les cadeaux embarrassants des enfants pleins d’amour sans pour autant parler de l’éternel "collier de nouilles". Et comme nous aimons l’excès, nous avons réfléchi à un cadeau extrêmement embarrassant ; et quoi de plus embarrassant qu’un rat mort ?

Fête des mères 2012

Pour la répartition des tâches, c’est bien évidemment Nazheli qui fait la cuisine et la couture et Anthony qui répare les fuites dans le toit. Sinon, pour les photos, nous faisons tout ensemble de A à Z. Pas de fonction attitrée.

making of "le poisson"

visuel final "le poisson"


Agent 002 : Vous vous sentez plus proches de l’illustration que de la photo, pouvez-vous nous expliquer cela ?

The Blood Next Door  : C’est très directement lié à la façon dont nous travaillons nos images. Nous les élaborons plus comme une illustration ou une peinture que comme un simple cliché. Nous commençons par travailler la composition en dessin, nous effectuons les prises de vue, puis entamons le travail de retouche qui est de loin le plus important. Lors de cette phase beaucoup de choses peuvent changer par rapport à la matière acquise pendant les prises de vue (couleurs des éléments, tailles, emplacements). C’est à ce moment-là que l’on se sent vraiment plus proches de l’illustration.

"Famille"

le making of de "Famille"

Agent 002 : Quels sont vos projets photos préférés ?

The Blood Next Door  : Nous aimons les idées qui naissent de manière très inattendue lors de discussions. La photo "La Pause", par exemple nous est venue à l’esprit lors d’une conversation en voiture sur l’autoroute. Nous avions d’abord pensé à des pompiers ne se souciant pas d’un incendie qui se produisait juste derrière eux. Après avoir mûri l’idée, les pompiers sont devenus des policiers et l’incendie a été remplacé par une série de délits plus ou moins graves et tout à fait flagrants. Nous leur avons mis des hamburgers dans les mains parce que le hamburger a quelque chose de la nourriture universelle.

La pause

Il est intéressant aussi de travailler avec un but particulier. Lorsque l’on fait une carte de vœux, par exemple comme celle de 2012.

Voeux 2012

C’est l’image de Gaspard Royant qui était intéressante en ce sens. Parce qu’il fallait répondre à la demande d’un musicien qui souhaite se présenter tout en gardant notre personnalité. Nous avons eu de très bons échanges avec Gaspard qui nous ont permis de comprendre ce qu’il voulait et d’élaborer ensemble l’illustration avec les miniatures de lui-même sur la table d’un restaurant à l’américaine.

Projet de visuel pour "Here" de Gaspard Royant

Détail

Interview Guillaume Plantevin

Né en 1978, Guillaume Plantevin est un illustrateur ardéchois qui vit à la Réunion.
Après des études en graphisme à l’ESAG Penninghen, il travaille de manière très polyvalente allant de la conception de logos, aux effets spéciaux, en passant par la scénographie. Il est surtout spécialisé dans le pixel-art. Il publie sous un tout autre style deux albums jeunesse (C’est l’histoire d’un éléphant, éditions Sarbacane et La vraie folle histoire du gros canard jaune, Océan éditions ) et réalise, avec des étudiants de Supinfocom, Rubika, un court métrage 3D adapté de son univers. Son coeur balance entre pixel art et illustration jeunesse, voilà pourquoi la palette graphique dans une main, les pinceaux dans l’autre il s’est fait une raison : il est ambidextre.

autoportrait, Guillaume Plantevin

Agent 002 : Quel est ton parcours et comment es-tu arrivé à l’illustration "pixel art" ?

Guillaume Plantevin : J’ai une formation de graphiste, faite à l’ESAG Penninghen que j’ai terminée en 2000. J’avais déjà commencé à faire du pixel-art sans le savoir car je re-dessinais les icônes de mon ordinateur, il fallait que mon image tienne dans un carré de 32×32 pixels. J’ai donc fait des personnages dans ce gabarit et mon premier était une femme rousse, un peu forte à l’air béat. Il m’a paru évident qu’elle s’appelait Babette et j’ai fini par faire ses amis, Bébert, avec qui elle avait une relation platonique, Ginette, Gwladys et d’autres. J’ai remarqué qu’il était très facile de les animer et d’en faire des gifs animés. L’avantage du gif animé c’est qu’il était (nous sommes en 2000) lisible par tous les navigateurs sans plug-in et j’ai donc mis tout ce petit monde sur internet, histoire, en passant d’apprendre à faire un site internet. Nous étions en pleine bulle internet, toutes les boites s’appelaient truc-design ou machin studio, j’ai donc ironiquement appelé mon site babettedesign, deux mots qui me paraissaient totalement opposés à l’époque. J’ai depuis rencontré des Babette qui n’étaient pas forcément fortes ou rousses ou à l’air béat à qui je n’ai jamais trop osé avouer l’origine du nom de mon site…

Affiche du film Rubiko

La chance a voulu qu’au même moment un ami connaissait quelqu’un qui cherchait à faire une animation "comme sur un téléphone portable" pour un bildboard TV. Mon site était en ligne depuis à peine quelques jours, c’est exactement ce qu’il voulait. J’ai donc continué à faire bouger mes personnages mais en étant payé pour, je n’en revenais pas.
Ce qui m’intéresse dans cette technique, c’est comment contourner toutes les contraintes qu’elle impose, et arriver à faire une image ou une animation réussie. Réussir à dessiner avec le plus de détails possible notre sujet et ça dans un espace réduit et seulement avec des carrés.

Agent 002 : Quelles sont les spécificités du pixel art ?

Guillaume Plantevin : Si je dois expliquer le pixel art, il s’agit de mosaïque faite à l’ordinateur, sur une grille à base de carrés. Comme pour une mosaïque, on dessine carré après carré, on a souvent une palette de couleur réduite et ça prend beaucoup de temps. Il ne s’agit absolument pas d’une image "normale" qu’on aurait pixélisée. C’est un dessin parfaitement adapté à l’affichage écran car les pixels de l’image se calent sur les pixels de l’écran, l’image est la plus nette possible. Il y a plusieurs manières d’utiliser cette technique, moi je fais des dessins "à plat" et d’autres en "perspective isométrique". L’isométrique donne une vue aérienne, avec des éléments à la même échelle, ceux du premier plan ne sont pas plus grands que ceux de l’arrière plan, ça permet de faire de grandes planches didactiques où tous les éléments ont la même importance. L’avantage (technique) d’une image en pixel art est qu’elle peut être agrandie à n’importe quelle taille sans perdre en qualité, un peu comme une image vectorisée. Pour la campagne de pub ANPE.fr, des images faisant à peine la moitié de mon écran ont été imprimées sur des bâches de 350 m2.

campagne pour l’anpe.fr

Agent 002 : quelles sont tes influences et tes inspirations ?

Guillaume Plantevin : Pour le pixel, j’ai pas forcément d’influence même si j’ai quand même regardé ce que faisaient les autres pixel-artistes quand j’ai su que je n’étais pas le seul. J’ai aussi regardé en détail les sprites de jeux vidéo. Je n’ai jamais eu de console et du coup j’ai pris une bonne claque en voyant tout ce qu’on pouvait faire avec cette technique.

Jeu vidéo

Je suis plus attiré par l’illustration traditionnelle, et j’aimerais travailler les images pixels dans ce sens-là. Mais en règle générale les commandes dites commerciales sont déjà très précises et je n’ai pas trop eu le temps ou l’occasion de travailler ainsi. J’aime beaucoup les illustrateurs anglo-saxons du genre Ronald Searle ou Babette Cole, dans un autre style Charley Harper. Mais ça c’est aussi pour mes illustrations d’album jeunesse.

Cinémarmailles

Agent 002 : Tu illustres aussi des livres pour enfants.  Comment abordes-tu ce domaine de l’illustration par rapport aux autres commandes ?

La vraie folle histoire du gros canard jaune

Guillaume Plantevin : J’ai toujours voulu faire des livres pour enfants et je n’ai jamais trop osé. Parce que j’avais lutté contre les tics de mettre des effets de style faciles sur mes dessins pendant mes études, j’avais un trait académique sans réelle personnalité en sortant de l’école. On avait des cours d’illustration mais on a eu une formation dramatique par rapport aux attentes qu’on avait. C’était une grosse déception pour tous ceux qui voulaient devenir illustrateurs. C’est en venant à la Réunion que j’ai eu (malgré moi) plus de temps et que j’ai pu travailler sur un projet de livre pour enfants avec un cousin. Ça m’a fait un book parfait à montrer aux quelques éditeurs que j’avais rencontrés par mes travaux en pixel. Et c’est un nouveau monde qui s’est ouvert devant moi : pas de brief, la confiance totale des éditeurs et auteurs, pas de "retours" sur des détails insignifiants ou des exigences de clients… la liberté. Bon le contrecoup c’est que pour la même image, le budget est divisé par 10 (au moins). Du coup, je fais ça pour le plaisir, je prends mon temps pour arriver à une image qui me convient au maximum, j’essaie d’enrichir l’ambiance décrite dans le texte, rajouter de petits détails.

Couverture C'est l'histoire de l'éléphant, Guillaume Plantevin

Je n’ai pas non plus de style à proprement parler et j’essaie d’en trouver un qui colle le mieux à chaque texte que j’illustre. Pour la vraie folle histoire du gros canard jaune (Océan Edition) il s’agissait d’une histoire qui se passe dans une ville, où se confrontent deux univers par le biais de deux couleurs, le jaune et le gris, j’ai donc décidé de travailler avec peu de couleurs, et de laisser du blanc autour des images pour souligner la solitude du personnage. Les décors sont suggérés par des formes simples en à-plat de couleur et je viens rajouter quelques détails à l’encre de Chine. Le personnage vit pour sa passion, le reste est un peu flou. Dans C’est l’histoire d’un éléphant (Ed. Sarbacane) au contraire, ça se passe dans la jungle et les animaux ont un fort caractère, les images sont donc très colorées et en pleine page. Le travail s’est surtout fait sur leurs expressions et leurs regards.

C’était quand même mon rêve inavoué depuis tout petit d’être un jour illustrateur et de réussir à émerveiller quelqu’un par mes images autant que j’avais pu l’être. Ça fait maintenant un an que je fais ça et il y a deux albums que j’ai illustrés dans ma bibliothèque… Je peux dire que ça y est, j’y suis.

Nounours

L’interview de Bomboland

Bomboland est un duo d’illustrateurs installé à Lucques, en Toscane. Maurizio Santucci (Aka Bombo) a fondé Bomboland en 2006 avant d’être rejoint par Elisa Cerri en 2009. Ils se sont connus pendant leurs études à l’école de Design de Florence et travaillent depuis lors en papiers découpés pour la publicité, la presse et la littérature jeunesse. Ils rejoignent l’équipe d’Agent 002 en février 2012.

Le duo Bomboland

composite de leur atelier

AGENT 002 : Depuis quand existe le duo Bomboland ? Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment vous vous partagez le travail ?

Bomboland : Nous nous connaissons depuis longtemps. On était dans la même école d’art quand nous étions étudiants. Bomboland a été créé au début par Maurizio (alias Bombo) il y a environ 6 ans. Il a commencé à travailler en free lance pour de petits clients locaux. Dès que les commandes sont devenues de plus en plus importantes, on a décidé de travailler ensemble. Il n’y a pas de date anniversaire précise de la création du duo Bomboland, on peut dire que c’est entre 2008 et 2009.

work in progress

Notre travail se décompose en différentes étapes et nous pouvons facilement travailler ensemble sur une même illustration. Maurizio fait les croquis et donne le caractère de l’illustration. Bomboland est reconnaissable à l’empreinte forte de ses personnages. Ensuite, nous travaillons à la réalisation de l’illustration finale et pour ça, nous n’avons pas de règles très précises. Parfois, c’est moi qui découpe le papier et qui met en volume l’ensemble, et c’est Maurizio qui fait la postproduction dans Photoshop ou vice-versa. Parfois, nous devons discuter d’une idée pour une illustration et c’est le moment où nous essayons de partager nos différentes approches pour trouver quelque chose de nouveau. Ce n’est pas facile!
Nous devons aussi nous occuper de la partie économique et administrative du studio et ça prend beaucoup de temps !

Ubi Banca - calendrier 2012

AGENT 002 : Comment abordez-vous vos images conçues avec du papier découpé et quel est la part de l’outil numérique dans votre création ?

Bomboland : L’un comme l’autre nous avons toujours été à l’aise en modélisation, peut-être parce que nous venons d’une école de design. Nous avons commencé à utiliser le papier pour une raison toute simple : ce n’est pas cher, c’est facile à couper et c’est facile à trouver. La première fois que Bombo a fait une œuvre en papier, il voulait avoir un objet réel à la fin, mais pas un collage classique. Alors, il a essayé de mettre plusieurs épaisseurs et le résultat a été une sorte de bas-relief en papier. Maintenant, nous travaillons de différentes manières, cela dépend de la demande du client et de l’effet que nous avons à rendre.

travail préparatoire en papier et finalisé sous Photoshop - client Nokia

détail

Après le découpage, nous travaillons les éclairages pour prendre la photo, puis nous utilisons des outils numériques pour travailler sur l’image photographiée. Nous aimons bien ajouter des textures et des détails dessinés. Ce mix est intéressant (enfin, nous espérons !) et nous donne la possibilité d’associer une illustration classique réalisée à la main à des papiers découpés et au numérique. Souvent, nous travaillons uniquement en numérique, mais dans ce cas-là, nous ajoutons des textures de papier ou d’autres matières. Nous aimons bien que le rendu soit légèrement "sale" et imprécis.

AGENT 002 :  quelles sont vos influences et envies prioritaires pour l’avenir ?

Bomboland : Nous sommes connectés en permanence et nous pouvons dire que les influences viennent de tout le monde et de partout. Quoi qu’il en soit, nous pensons que notre plus forte influence est l’illustration des années 50 et 60 en Italie et aux Etats-Unis. On peut aussi ajouter une certaine culture pop et, surtout pour Maurizio, la bande dessinée.

travail personnel - exposition galerie Seize (Marseille)

On n’a jamais assez d’idées pour l’avenir ! Nous aimerions élargir notre atelier à d’autres personnes et l’ouvrir à d’autres domaines comme l’animation ou la production de petits objets faits à la main. Notre type d’activité (je veux parler des illustrateurs) est fantastique parce que nous voyons tellement de choses différentes et les idées nous viennent sans arrêt. Le problème est que bien souvent nous n’avons pas le temps de tout faire.

travail personnel - exposition galerie Seize (Marseille)

AGENT 002 : vous avez aussi illustré des livres pour enfants.  Comment abordez-vous ce domaine de l’illustration par rapport aux autres commandes ?

Bomboland : Nous adorons illustrer des livres pour enfants, mais ce n’est jamais facile à concilier avec les commandes en cours pour la publicité et les magazines. La principale raison est la différence de temps de réalisation : pour illustrer un livre nous avons besoin de nous y consacrer exclusivement. Un livre a besoin d’une sorte de lenteur, pour trouver la bonne sensation, le rythme, la consistance de toutes les illustrations du livre. Au contraire, les commandes en publicité ou en presse  viennent tout à coup comme un tourbillon avec une échéance très courte (c’est bien connu ! ). Et nous devons alors nous rendre entièrement disponibles pour celles-ci.
Nous avons commencé à travailler pour des éditions jeunesse avec quelques couvertures . Puis nous avons illustré un livre des poèmes pour Bayard, en France "Est-ce que je eux avoir la tête dans les nuages et les pieds sur terre ?".

"Est-ce que je eux avoir la tête dans les nuages et les pieds sur terre ?" - Bayard

extrait de "Est-ce que je eux avoir la tête dans les nuages et les pieds sur terre ?"

Le dernier, publié seulement en Italie pour l’instant, est "Storia Universale" de Gianni Rodari, chez Emme Edizioni. Illustrer un conte de Gianni Rodari est un honneur pour nous, car Rodari est une référence en Italie (et pas seulement en Italie bien sûr) en littérature enfantine. Ses histoires sont très modernes et très exigeantes. On a pu aborder cette histoire avec beaucoup de liberté. Le conte parle de l’origine du monde sans décrire d’images mais en donnant beaucoup d’idées, de sorte que notre imagination a eu carte blanche.

"Storia Universale" - Emme Edizioni

extrait de "Storia Universale"

Nous avons récemment terminé un livre "Autofuturo" pour Zoo Libri, le premier d’une nouvelle série de livres pour découper, plier et coller. Ce sera un livre avec beaucoup de voitures folles à faire soi-même en papier.

"Autofuturo" - on monte soi-même les éléments de l'histoire (Editons Zoo Libri)

Maintenant nous travaillons sur les illustrations de  "L’île au Trésor", publiée en Italie par ELI edizioni.  Ce sera prêt en mars.
Nous aimerions poursuivre notre exploration des tous les domaines de l’illustration et l’illustration pour enfants est l’une des plus intéressantes et amusantes, où l’on a plus de liberté que dans d’autres domaines.

Entretien avec Marion Tigréat

Marion Tigréat est diplômée de l’École Estienne et des Arts Décoratifs de Strasbourg. Elle débute sa carrière en tant que graphiste puis se tourne vers l’illustration, deux passions qu’elle pratique en alternance. Aujourd’hui serial découpeuse de papiers colorés, elle manie l’X-acto pour créer un univers pop où se côtoient personnages célèbres, animaux en tous genres, fleurs extraordinaires. Elle a déjà réalisé de nombreuses couvertures de livres (Flammarion), des pop-up (Hermès, Label Mañana), des illustrations pour la presse (revue DADA), des vitrines (Comptoir des Cotonniers)…

Portrait dans son atelier

AGENT 002 : Tu as commencé une collaboration au long cours avec la revue Dada et tu travailles par ailleurs comme graphiste. Peux-tu nous expliquer ton choix de faire des images en papier découpé et comment tu organises tes deux activités ?

Revue Dada / Cinémathèque française - Jacques Tati

Marion Tigréat : Depuis toute petite je bidouille des choses, je suis passée des bonhommes en pâte à sel aux affiches ou pochettes de CD entièrement réalisées au stylo bille au prix d’heures ou de journées à gribouiller. J’aime le fait de passer par quelque chose de physique, pouvoir coller, décoller, couper, recouper, déplacer des centaines de bouts de papiers. Et puis après scanner, photographier et retoucher. Dans le papier découpé il y a quelques chose de direct et d’immédiat qui me plaît. J’aime travailler en tout petit car cela m’oblige à une simplification extrême, et quand je travaille en plus grand j’ajoute des détails (que personne ne verra mais moi je sais qu’ils sont là !). Oui je sais c’est un peu obsessionnel mais je me sens bien dans cette technique. D’ailleurs quand je travaille en vectoriel, je suis aussi précise et perfectionniste.

Collection Etonnants classiques

J’ai évolué de petits théâtres de papier pour la collection Étonnants Classiques chez Flammarion, à des compositions personnelles plus foisonnantes entre fleurs et petits oiseaux, en passant par des pop-up véritables dentelles pour Hermès et depuis trois ans je perfectionne mes planches mensuelles pour la revue DADA.

Pop up réalisé pour Hermès

Revue Dada

Je suis aussi graphiste et j’ai la chance de travailler beaucoup pour l’édition et très souvent sur les livres d’autres illustrateurs, comme récemment Parle-moi d’amour d’Aline et Robert Crumb ou Stieg Larsson avant Millénium illustré par Frédéric Rébéna (chez Denoël Graphic). C’est très enrichissant de voir comment ces illustrateurs travaillent, même si leurs styles sont très éloignés de mon travail d’illustratrice, cela me nourrit. Et cela me permet de prendre de la distance avec mes illustrations et d’y revenir avec un œil neuf.

Fleur de papier pour la couverture du livre "Un jardin de papier"

AGENT 002 :  Quels sont les artistes ou les styles qui t’ont influencé ?
Je suis une vraie boulimique d’images, j’ai commencé par faire de la photo et du développement, puis un bac option cinéma-audiovisuel, et ensuite mes études de graphisme à l’école Estienne et aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Et puis j’ai travaillé trois ans avec Gérard Lo Monaco, avec qui je partage l’amour du graphisme coloré, ludique et fait main.

Illustration et design graphique de l'album Imaginario (label Mañana)

Je me nourris donc de toutes les formes d’art, de peinture (Munch récemment dont j’ai particulièrement admiré la gamme chromatique), de cinéma de Polanski à Miyazaki (je viens de voir le film d’animation "Le Tableau", une véritable merveille), de graphisme et d’illustration en tous genres et de toutes époques (j’aime traîner en librairie résistant à ma boulimie car ma maison est déjà bien remplie), de spectacles vivants entre cirque et danse contemporaine (j’attends avec impatience de revoir James Thierrée en cette fin d’année)… et puis il y a aussi la musique qui m’accompagne quand je travaille et les concerts qui me donnent beaucoup d’énergie (cette année Sufjan Stevens m’a vraiment marqué, sa générosité m’a boostée pour une décennie !).

AGENT 002 : Vers quel type d’univers souhaites tu orienter ton travail, et peux-tu expliquer ta technique (ou processus) de travail ?

J’aimerais continuer à travailler pour la jeunesse car c’est un de mes premiers amours. Mais j’ai également envie de faire des choses plus adultes et plus sombres. J’ai des carnets à idées ou croquis que je fais évoluer, je note des idées et après je vois si elles restent présentes à mon esprit, si oui j’y reviens. Je travaille beaucoup par couches et en différentes phases, du gribouillis, aux premiers bouts d’illustration que je laisse reposer et puis je continue à y travailler par la pensée et puis un jour j’ai une illumination et je vois vers où tout ça doit évoluer.

Carnets de croquis

Mini-portraits découpés

C’est un peu la même chose pour mes travaux de commandes, mais en beaucoup plus rapide ! Les roughs sont très précis, une fois validés je choisis ma gamme de papier, en général assez restreinte 2/3 couleurs et le noir (très important le noir !), puis j’attaque la découpe. Parfois je colle en couches successives, d’autres fois je monte toutes mes formes en pop-up, et certaines fois je photographie un ensemble de formes qui peuvent être déplacées. Ensuite j’aime corriger la chromie pour qu’elle soit exactement comme dans mon esprit.

AGENT 002 : Tes projets en cette fin d’année 2011 (livre, expo  ?)
Après avoir beaucoup travaillé sur des commandes cette année, je reviens à mes projets personnels. Je travaille sur des projets d’albums jeunesse et pop-ups que j’aimerais évidemment voir publiés. Certains projets sont dans mes valises depuis quelques temps déjà et arrivent à maturité. Je trouve assez intéressant de revenir sur un projet qu’on a un peu laissé de côté et de pouvoir s’y replonger en l’améliorant. J’ai envie de raconter à la fois des histoires fantasques pour enfants, de faire des images plus romantiques pour les petits comme pour les grands, de parler de sujets plus graves.

La récréation

J’attends aussi de nouvelles commandes de couvertures de livre ou autre qui m’amèneront vers des thèmes divers et variés. Et puis j’ai envie d’exposer mes originaux en papier découpé qui commencent à s’accumuler, jusque là je travaillais un peu confidentiellement mais maintenant je me sens vraiment prête à montrer tout cela ! En attendant vous pouvez voir en ce moment mon Yéti qui a été sélectionné pour le concours "À la recherche du chaînon manquant" de l’expostion Pictoplasma – Post Digital Monsters à la Gaîté Lyrique.

le yéti

bonne année !

Entretien avec le duo TYANIM

Yinxuan Li est illustratrice 3D, Thierry Dezarménien est animateur 3D. Depuis 2 ans, ils font équipe sous le nom de TYANIM. Après avoir obtenu son diplôme en cinéma d’animation à l’institut cinématographique de Pekin, Yinxuan s’est installée en France pour se lancer dans l’illustration. Thierry a commencé jeune en tant que  graphiste avant d’évoluer vers l’animation 3D. Entré dans le département Studio d’Agent 002 il y a quelques mois, nous avions été séduits par leurs mascottes rigolotes et leurs filles sexy aux grands yeux. Retour sur cette belle rencontre.

Le duo Tyanim en plein travail et en 3D

AGENT 002 : Vous travaillez en duo sous le nom de Tyanim. Pouvez-vous nous expliquer la répartition des rôles dans cette équipe, et quelle est l’origine de cette association ?
Yinxuan : Et bien je m’occupe majoritairement de la partie création, Thierry est souvent là en soutien pour me donner quelques idées, ou des conseils.
Thierry : Pour ma part, je suis aux commandes de l’animation, des e-mails, du téléphone, du café. L’avantage de travailler à deux, c’est l’échange permanent entre nous pour soutenir une création artistique, c’est très motivant, parfois nous nous heurtons à des divergences d’idée d’un point de vue créatif mais on arrive toujours à trouver une solution.
Yinxuan : Oui, en général c’est moi qui gagne.

Li na

Thierry : L’origine de cette association remonte au moment où on s’est rencontré, c’était sur un site internet, non pas sur meetic, mais sur le forum de cg society, http://forums.cgsociety.org/, un site communautaire spécialisé sur les créations 2D et 3D. Yinxuan avait posté son court métrage, j’ai laissé un message, et… un an et demi après on se mariaient.

Teatime

Yinxuan: Oui, la suite coule de source, comme je suis illustratrice 3D et character designer, et qu’il est animateur, notre association est somme toute logique et nous permet de répondre à plus de demandes facilement.

Capture du court métrage de fin d'étude de Yinxuan "Sous le vent"

AGENT 002 : Quelles sont les influences revendiquées, et d’où vient votre inspiration pour la création des personnages ?
Yinxuan : Mes inspirations viennent beaucoup du monde de l’animation et des artistes qui participent à ce millieu, comme par exemple Bill Presing, Nicolas Marlet, Glen Keane et sa fille Claire, mais aussi des artistes comme Erich Sokol.

"sweet shirt"

AGENT 002 : Pouvez-vous nous parler du projet de livre en cours pour les éditions Lito ?
Yinxuan: C’est donc un projet de livre-jeu destiné aux enfants de 4 à 6 ans, où il faut trouver l’intrus qui se cache parmi ces camarades. Au moment où nous parlons le livre est en cours d’impression, le projet s’est très bien passé. Nous avons eu carte blanche sur les 50 idées qui composent le livre.

Editions Lito - à paraître


AGENT 002 :
Thierry, tu enseignes l’animation à Paris, comment définirais-tu ton rôle auprès des étudiants?

Thierry : En effet je suis intervenant en animation à l’Ecole Estienne. Mon rôle auprès des étudiants est de leur transmettre les bases de l’animation, jusqu’à certaines techniques plus avancées comme ce que l’on appelle l’acting. J’essaye de les rendre curieux par rapport à ce medium, de partager la passion que je peux avoir pour cette forme d’art, et aussi de leur apporter diverses astuces d’animateur que j’ai pu acquérir avec le temps ou grâce à d’autres animateurs rencontrés dans ma carrière. Ma plus grande récompense, c’est quand je vois la petite ampoule qui s’allume au-dessus de leur tête "ting" et qu’ils viennent de comprendre quelque chose en animation. Je sais que là je n’ai pas perdu mon temps. L’animation est comme tous les arts, on ne cesse jamais d’apprendre, quelque part moi aussi je suis toujours étudiant.

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