Entretien avec Guillaume Decaux

Sorti des Arts Décoratifs de Strasbourg en 1988, Guillaume Decaux a publié régulièrement dans la presse des petits chez Bayard ( J’aime Lire, Astrapi, Je bouquine, I love english Jr, Maximum) et des grands (Le Monde Éducation, Famili, New Biz, LSA ) et la presse pro. Ses travaux ont également été édités chez Nathan, Hatier, Hachette, Larousse, Oxford University Press.

Guillaume Decaux dans son atelier

AGENT 002 : Peux-tu nous résumer en quelques mots ton parcours d’illustrateur ?

Guillaume Decaux : À 12 ans, première commande : je dessine la carte de vœux de la cellule du PCF locale. Mon parcours était tracé ! Je passe par les Beaux Arts d’Amiens, puis par les Arts Déco de Strasbourg, et je travaille très vite pour l’édition et la presse jeunesse. J’ai pu décrocher des commandes régulières, et j’ai travaillé ma souplesse par rapport aux exigences diverses de mes clients (Bayard-Presse, Larousse, Nathan, etc). Habitué à une « cuisine » graphique, à des recherches incessantes, j’ai migré tout naturellement vers l’outil informatique dès 1992. Je me suis intéressé à l’animation Flash en 2000. Puis des commandes très diverses ont suivi (dessins de presse pour Le Monde, Femme Actuelle, illustrations de couvertures pour Pocket ou Flammarion)

Couvertures pour la série "La drôle de famille de Myrtille" - Hatier-Poche.


Le studio d’animation « Normaal » m’a confié récemment la bible graphique de la série d’animation « Comme à la Maison » qui passe sur Canal+ Family. Je me suis régalé, il s’agit des péripéties d’une famille constituées de jouets dépareillés, des marionnettes filmées en stop-motion, et c’est très drôle.

"Comme à la Maison" © Normaal Animation.

Je travaille régulièrement pour le journal Spirou, pour des petites bandes dessinées, des jeux… Le studio de graphisme Avis de Passage m’a confié les illustrations d’une centaine de couvertures des guides de conversation Assimil, qu’il fallait relooker. Je suis devenu très polyvalent, et mes expériences successives enrichissent bien sûr ma façon d’aborder une nouvelle commande.

Couverture guide de conversation - Assimil.


AGENT 002 :
Tu as commencé il y a une petite vingtaine d’années dans ce métier en passant par l’école des Arts décoratifs de Strasbourg, où tu résides toujours. Peux-tu nous parler des rapports étroits entre la ville et l’illustration et de la communauté très importante des illustrateurs qui y résident ?

Guillaume Decaux : C’est vrai que les Arts-Déco de Strasbourg que j’ai fréquentés ont formé un nombre impressionnant d’illustrateurs ou d’auteurs de BD. Claude Lapointe qui a créé l’atelier « Illustration » a élaboré une pédagogie très ouverte, permettant à chaque étudiant de s’épanouir. Une proportion des étudiant(e)s devenus professionnels sont restés ici, à Strasbourg, ce qui donne un climat particulier à cette ville, et pour moi qui ne suis pas alsacien, cela a été une des raisons essentielles de mon choix de m’établir à Strasbourg. Ce vivier d’illustrateurs a conduit certains de mes anciens co-disciples des Arts-Déco à former récemment le « Grill » un groupement qui permet aux adhérents de discuter de la profession d’illustrateur, d’auteur, de scénariste, via un forum, de profiter d’une assistance juridique, ou tout simplement de se rencontrer lors d’un pique-nique en été, histoire de mettre le nez hors de son atelier. Pour terminer sur Strasbourg, on y trouve depuis 2007 le « Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration », qui fait connaître les grands maîtres, pas seulement Tomi Ungerer, grâce aux expos temporaires : nous avons eu la chance de voir une très belle exposition sur Saul Steinberg. Je ne parle pas du prix des loyers à Strasbourg, ça va énerver les parisiens.


AGENT 002 :
Tu fais partie de ces illustrateurs curieux, passionnés par l’histoire de l’illustration, et qui se nourrissent d’images pour enrichir leur travail.

Quels sont les maîtres qui accompagnent tes recherches quotidiennes ?

Guillaume Decaux : Des choses très différentes, pas seulement des « maîtres ». Ça change régulièrement. Je n’arrête pas de chercher, et si je n’avais pas su dessiner, je serais devenu une espèce d’archiviste dans le domaine de l’image dessinée, de la culture populaire. J’aime beaucoup les dessinateurs de « Simplicissimus », de « L’assiette au Beurre », Gus Bofa… Les auteurs du « MAD Magazine » des années 50. Will Elder, Wallace Wood, Jack Davis… Et le plus génial de tous, Harvey Kurtzman. Je viens de recevoir par la poste les 2 recueils de « Humbug », un journal éphémère fondé par Kurtzman en 1957, et entièrement réimprimé. Il y a une idée géniale à chaque page ! Je me passionne également pour les auteurs de BD américains des année 1920/30 qui ont complètement « inventé » la grammaire actuelle du strip ou du gag en une planche. E.C Segar, l’inventeur de Popeye, dont une intégrale est en cours de publication chez Fantagraphics, Frank King, ou Billy De Beck… Les éditeurs français ne semblent pas pressés de traduire ces petits chefs d’œuvre ! Dans un autre domaine j’aime aussi beaucoup Jiri Trnka, qui mériterait lui aussi un énorme bouquin sur son travail absolument colossal, dans l’illustration et l’animation. J’ai aussi découvert David Weidman récemment, qui est furieusement moderne. L’impact du travail de ces artistes est très diffus sur mon propre travail, mais il est réel. Mais le cinéma influence au moins tout autant ma façon de représenter les choses, dans ce métier il est nécessaire de se laisser des périodes de temps où l’on se comporte en « éponges ».


AGENT 002 :
Après avoir travaillé beaucoup pour la presse jeunesse, élaboré des projets d’animation, enseigné l’illustration, et une incursion récente dans la Bande dessinée. Quelles sont tes envies du moment ?

Guillaume Decaux  : Trouver du temps pour faire de la bande dessinée, d’une façon simple et limpide. (tout un programme !) et bien sûr continuer à expérimenter et à m’amuser en illustration.

Jeu pour Spirou spécial été.


AGENT 002 : Quelles sont les images que tu considères comme les plus emblématiques de ton travail, et comment vois-tu l’évolution de celui-ci ?

Guillaume Decaux : Mon point fort est le character design. J’adore dessiner des personnages, de toutes sortes. Je passe beaucoup de temps à remplir mes carnets de recherches, de situations improbables qui peuvent devenir des débuts de quelque chose. Des pistes possibles pour des nouvelles écritures graphiques, des histoires, ou de la bande dessinée.
Je suis en train de travailler sur une galerie de portraits de personnages urbains, des arrêts sur image de passants, de passantes, en ville. Une sorte de catalogue de caractères, de gens très différents, ça m’amuse beaucoup.

recherche de personnages

Personnages urbains, recherche.

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