Entretien avec Stéphane Goddard

Stéphane Goddard est un homme aux multiples casquettes (parmi d’autres couvre-chefs). Ce passionné d’images, de sport et de nature mélange ses plaisirs à sa création, et aime les sensations fortes.
Directeur artistique le jour, illustrateur la nuit, et toujours créateur d’univers graphiques à la croisée de Frank Miller et d’Hugo Pratt, il déborde de projets et d’envies. C’est l’occasion de faire un point
sur son parcours avec une interview riche en surprises.

AGENT 002 : Tu as commencé il y a une bonne vingtaine d’années comme directeur artistique, puis directeur de création et illustrateur.
Aujourd’hui tu travailles sur des projets de bande dessinée et d’animation. Peux-tu nous expliquer ce choix de parcours multiple ?

Stéphane Goddard : En effet, j’ai construit ma carrière en agences de pub, puis j’ai été à l’origine de certaines ( Louis XIV, Leagas Delaney, Love Palace… ). Aujourd’hui, je continue à œuvrer en freelance pour les marques parallèlement à mon travail d’illustrateur. Je suis aussi associé-fondateur et directeur artistique d’un club de sport, Le Klay. Il faut se rendre à l’évidence, je suis ce qu’on appelle un « workaholic », un permanent réacteur à idées, attiré par de nombreuses formes de création et d’entreprises. J’ai, dit-on, une grosse capacité de travail et d’adaptation qui me permet de passer de l’un à l’autre sans me disperser. J’aime et pratique avec autant de passion le dessin, la peinture, la photo, le design etc…
Ce qui m’intéresse dans cette activité croisée, c’est la possibilité de créer des passerelles entre les catégories, illustration, art contemporain, design graphique, et du coup d’oxygéner, d’éviter la répétition, de créer des choses nouvelles.
Pour exemple, je planche sur le design de poupées russes, une version moderne et disruptive de la Babuska, et je viens de terminer un nouveau triptique pour le bestiaire Sushishop.

Geisha - carte de voeux 2011

C’est vrai, j’ai toujours eu un petit faible pour la bande dessinée. Je travaille actuellement sur Blackury une nouvelle graphique, à la croisée du comics et du manga, entre Miller et Pratt, un traité que je veux puissant et élégant.
C’est l’histoire d’un monde à la dérive, corrompu et asphyxié au dernier stade par le trafic d’armes; un groupe de milliardaires s’oppose aux forces du mal en mettant au point par génie génétique Blackfury, un redoutable guerrier, seul antidote à la folie des hommes…

Blackfury

Blackfury

J’ai préféré le noir et blanc pour plusieurs raisons : cela clarifie la narration, augmente l’impact visuel, et donne une touche d’élégance. Je définirais ce projet de méta-bd. L’idée étant de décliner l’univers sur différents supports.
Avant même sa sortie, j’ai vendu chez Christie’s une image tirée de la nouvelle, et j’ai déjà lancé une collection de t-shirts reprenant les personnages ( sortie courant juillet ). Une exposition est programmée en mai 2012. Ce projet est également conçu pour être adapté en long métrage d’animation…à suivre.

AGENT 002 : Ton travail en « numérique » a depuis quelques années fait évoluer et  a enrichi, une approche plus manuelle, que tu pratiquais à tes débuts.
Quel a été le déclic et as-tu un secret de fabrication pour tes images ?

Stéphane Goddard : Oui, j’ai véritablement démarré cette ère numérique avec  l’exposition No standard ( Citadium ), ça a été le projet « déclic ». À l’époque, la rencontre avec Greg fleur, « maître photoshop », (et surtout avec qui je partage la même sensibilité graphique ) m’a permis d’expérimenter, de faire exister mes visions grâce à des montages numériques organiques et complexes.
Donc, depuis 2003, je scanne mes peintures en haute définition, et les retravaille principalement sous Photoshop. Je mixe différents éléments : des photos ( home made ), des typos, des matières variées etc… J’ai toujours voulu associer et faire dialoguer ma peinture avec de la photo, des éléments du réel. Je trouve que cela ajoute des tensions, du mouvement, donne de la profondeur, de la patine, provoque des collisions intéressantes qui mettent en valeur la peinture, amène un volume singulier à l’ensemble et ainsi enrichissent « le système nerveux » de l’image. Chaque image est une nouvelle aventure, non définie à l’avance, un combat contre la peinture et les éléments graphiques. Je cherche à susciter un impact visuel avant tout, un « uppercut émotionnel ».

Louboutin - recherche personnelle

Je travaille beaucoup sur l’énergie, le geste. D’ailleurs, je peins toujours en musique, casque sur les oreilles, afin de me couper de l’extérieur, mieux me concentrer; j’attaque directement sur la feuille blanche, et accroche le rythme,
c’est important pour lâcher la couleur, placer les masses au bon endroit. J’aime les images vibrantes, qui vous donnent l’impression qu’elles vont bouger. Aujourd’hui, je poursuis l’aventure en faisant évoluer ma technique, cette fois-ci en mixant les logiciels, photoshop, painter, illustrator.

AGENT 002 : Si tu devais résumer ton parcours d’illustrateur en 3 images « déclic » et nous montrer tes images préférées du moment, quel serait ton choix ?

Stéphane Goddard : En voila une question pas facile…chacune de mes images est en quelque sorte un déclic…Mais voici tout de même trois déclics majeurs :
Vickie, la boxeuse-ballerine tirée de l’expo No standard a été une de ces images fondatrices, les débuts du mixage numérique, du sport dans l’art  ( deux thématiques qui me sont chères ) ….

Vickie - exposition No standard au Citadium

Ice trooper, pour le magazine Ware, m’a permis d’expérimenter l’intégration d’un shopping ( photo produits ) dans une série d’illustration, racontant une histoire sur trois doubles pages. Cela ne se faisait pas encore.

Ice trooper - magazine Ware

Tokyogirl pour l’ouvrage Bellaciao est également une image structurante, un travail nouveau sur l’ambiance, le décor.

Tokyogirl - Bellaciao

AGENT 002 : Tu as démarré une collaboration , avec une journaliste, pour un livre d’entretien. Où en es-tu de ce projet et as-tu d’autres évènements prévus en 2011/2012 ?

Stéphane Goddard : En effet,  je finis l’écriture d’un livre témoignage avec Nathalie Helal, journaliste à l’Express. Cet ouvrage intitulé « Légères secousses rétiniennes » retrace mon expérience artistique au travers d’une « ré-iniatialisation visuelle », suite à l’opération de mes deux yeux. Il se présentera sous forme de chroniques accompagnées de mes réalisations artistiques. C’est un témoignage particulier et intime, car cette opération n’a pas seulement bouleversé ma vie en changeant ma vision du réel, elle a aussi impacté mon travail artistique. Il a fallu que je me ré-approprie les formes, les couleurs, le net et le flou, l’espace, la distance, cela m’a demandé des efforts considérables pour créer à nouveau des images, mais je pense cela m’a aussi beaucoup apporté.

La saison 2011/12….Une exposition consacrée à Blackfury est prévue chez Artludik en avril/mai 2012. Je travaille aussi sur un projet d’ exposition conjointe avec Wing Shya, chef opérateur de Wong Kar Wai. Nos univers respectifs ont de nombreux points communs, c’est ce qui a motivé, entre autres, ce projet. L’idée est d’intervenir sur les photos de Wing, de faire dialoguer ma peinture avec ses images. C’est un exercice passionnant, mais assez ardu. Trouver le bon équilibre.
L’autre projet important pour 2012 sera la présentation de « Mythical mind monsters », une galerie d’une trentaine de créatures prisonnières de caissons lumineux…mais je n’en dis pas plus.

Mythical Mind Monster

A lire également , un autre entretien  de Stéphane Goddard : http://www.hypocritedesign.com/stephane-goddard/

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