Interview Guillaume Plantevin

Né en 1978, Guillaume Plantevin est un illustrateur ardéchois qui vit à la Réunion.
Après des études en graphisme à l’ESAG Penninghen, il travaille de manière très polyvalente allant de la conception de logos, aux effets spéciaux, en passant par la scénographie. Il est surtout spécialisé dans le pixel-art. Il publie sous un tout autre style deux albums jeunesse (C’est l’histoire d’un éléphant, éditions Sarbacane et La vraie folle histoire du gros canard jaune, Océan éditions ) et réalise, avec des étudiants de Supinfocom, Rubika, un court métrage 3D adapté de son univers. Son coeur balance entre pixel art et illustration jeunesse, voilà pourquoi la palette graphique dans une main, les pinceaux dans l’autre il s’est fait une raison : il est ambidextre.

autoportrait, Guillaume Plantevin

Agent 002 : Quel est ton parcours et comment es-tu arrivé à l’illustration « pixel art » ?

Guillaume Plantevin : J’ai une formation de graphiste, faite à l’ESAG Penninghen que j’ai terminée en 2000. J’avais déjà commencé à faire du pixel-art sans le savoir car je re-dessinais les icônes de mon ordinateur, il fallait que mon image tienne dans un carré de 32×32 pixels. J’ai donc fait des personnages dans ce gabarit et mon premier était une femme rousse, un peu forte à l’air béat. Il m’a paru évident qu’elle s’appelait Babette et j’ai fini par faire ses amis, Bébert, avec qui elle avait une relation platonique, Ginette, Gwladys et d’autres. J’ai remarqué qu’il était très facile de les animer et d’en faire des gifs animés. L’avantage du gif animé c’est qu’il était (nous sommes en 2000) lisible par tous les navigateurs sans plug-in et j’ai donc mis tout ce petit monde sur internet, histoire, en passant d’apprendre à faire un site internet. Nous étions en pleine bulle internet, toutes les boites s’appelaient truc-design ou machin studio, j’ai donc ironiquement appelé mon site babettedesign, deux mots qui me paraissaient totalement opposés à l’époque. J’ai depuis rencontré des Babette qui n’étaient pas forcément fortes ou rousses ou à l’air béat à qui je n’ai jamais trop osé avouer l’origine du nom de mon site…

Affiche du film Rubiko

La chance a voulu qu’au même moment un ami connaissait quelqu’un qui cherchait à faire une animation « comme sur un téléphone portable » pour un bildboard TV. Mon site était en ligne depuis à peine quelques jours, c’est exactement ce qu’il voulait. J’ai donc continué à faire bouger mes personnages mais en étant payé pour, je n’en revenais pas.
Ce qui m’intéresse dans cette technique, c’est comment contourner toutes les contraintes qu’elle impose, et arriver à faire une image ou une animation réussie. Réussir à dessiner avec le plus de détails possible notre sujet et ça dans un espace réduit et seulement avec des carrés.

Agent 002 : Quelles sont les spécificités du pixel art ?

Guillaume Plantevin : Si je dois expliquer le pixel art, il s’agit de mosaïque faite à l’ordinateur, sur une grille à base de carrés. Comme pour une mosaïque, on dessine carré après carré, on a souvent une palette de couleur réduite et ça prend beaucoup de temps. Il ne s’agit absolument pas d’une image « normale » qu’on aurait pixélisée. C’est un dessin parfaitement adapté à l’affichage écran car les pixels de l’image se calent sur les pixels de l’écran, l’image est la plus nette possible. Il y a plusieurs manières d’utiliser cette technique, moi je fais des dessins « à plat » et d’autres en « perspective isométrique ». L’isométrique donne une vue aérienne, avec des éléments à la même échelle, ceux du premier plan ne sont pas plus grands que ceux de l’arrière plan, ça permet de faire de grandes planches didactiques où tous les éléments ont la même importance. L’avantage (technique) d’une image en pixel art est qu’elle peut être agrandie à n’importe quelle taille sans perdre en qualité, un peu comme une image vectorisée. Pour la campagne de pub ANPE.fr, des images faisant à peine la moitié de mon écran ont été imprimées sur des bâches de 350 m2.

campagne pour l’anpe.fr

Agent 002 : quelles sont tes influences et tes inspirations ?

Guillaume Plantevin : Pour le pixel, j’ai pas forcément d’influence même si j’ai quand même regardé ce que faisaient les autres pixel-artistes quand j’ai su que je n’étais pas le seul. J’ai aussi regardé en détail les sprites de jeux vidéo. Je n’ai jamais eu de console et du coup j’ai pris une bonne claque en voyant tout ce qu’on pouvait faire avec cette technique.

Jeu vidéo

Je suis plus attiré par l’illustration traditionnelle, et j’aimerais travailler les images pixels dans ce sens-là. Mais en règle générale les commandes dites commerciales sont déjà très précises et je n’ai pas trop eu le temps ou l’occasion de travailler ainsi. J’aime beaucoup les illustrateurs anglo-saxons du genre Ronald Searle ou Babette Cole, dans un autre style Charley Harper. Mais ça c’est aussi pour mes illustrations d’album jeunesse.

Cinémarmailles

Agent 002 : Tu illustres aussi des livres pour enfants.  Comment abordes-tu ce domaine de l’illustration par rapport aux autres commandes ?

La vraie folle histoire du gros canard jaune

Guillaume Plantevin : J’ai toujours voulu faire des livres pour enfants et je n’ai jamais trop osé. Parce que j’avais lutté contre les tics de mettre des effets de style faciles sur mes dessins pendant mes études, j’avais un trait académique sans réelle personnalité en sortant de l’école. On avait des cours d’illustration mais on a eu une formation dramatique par rapport aux attentes qu’on avait. C’était une grosse déception pour tous ceux qui voulaient devenir illustrateurs. C’est en venant à la Réunion que j’ai eu (malgré moi) plus de temps et que j’ai pu travailler sur un projet de livre pour enfants avec un cousin. Ça m’a fait un book parfait à montrer aux quelques éditeurs que j’avais rencontrés par mes travaux en pixel. Et c’est un nouveau monde qui s’est ouvert devant moi : pas de brief, la confiance totale des éditeurs et auteurs, pas de « retours » sur des détails insignifiants ou des exigences de clients… la liberté. Bon le contrecoup c’est que pour la même image, le budget est divisé par 10 (au moins). Du coup, je fais ça pour le plaisir, je prends mon temps pour arriver à une image qui me convient au maximum, j’essaie d’enrichir l’ambiance décrite dans le texte, rajouter de petits détails.

Couverture C'est l'histoire de l'éléphant, Guillaume Plantevin

Je n’ai pas non plus de style à proprement parler et j’essaie d’en trouver un qui colle le mieux à chaque texte que j’illustre. Pour la vraie folle histoire du gros canard jaune (Océan Edition) il s’agissait d’une histoire qui se passe dans une ville, où se confrontent deux univers par le biais de deux couleurs, le jaune et le gris, j’ai donc décidé de travailler avec peu de couleurs, et de laisser du blanc autour des images pour souligner la solitude du personnage. Les décors sont suggérés par des formes simples en à-plat de couleur et je viens rajouter quelques détails à l’encre de Chine. Le personnage vit pour sa passion, le reste est un peu flou. Dans C’est l’histoire d’un éléphant (Ed. Sarbacane) au contraire, ça se passe dans la jungle et les animaux ont un fort caractère, les images sont donc très colorées et en pleine page. Le travail s’est surtout fait sur leurs expressions et leurs regards.

C’était quand même mon rêve inavoué depuis tout petit d’être un jour illustrateur et de réussir à émerveiller quelqu’un par mes images autant que j’avais pu l’être. Ça fait maintenant un an que je fais ça et il y a deux albums que j’ai illustrés dans ma bibliothèque… Je peux dire que ça y est, j’y suis.

Nounours

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