Entretien avec JOSÉ LOZANO

Rencontre avec l’illustrateur José Lozano qui revient sur son parcours atypique, et nous fait partager son goût pour les graphismes rétro.

personnages de l'illustrateur José Lozano

Pourrais-tu revenir pour nous sur ton parcours artistique hors du commun ?
J’ai débuté comme designer packaging et roughman après une formation d’un an en tant qu’illustrateur au CNA / CEFAG (le Campus de la Fonderie de l’Image à Bagnolet).
J’avais alors entamé une formation de gestion des entreprises que j’ai immédiatement abandonnée après avoir reçu l’admission au CNA. Cela a été une des décisions les plus faciles qui m’ait été donné de prendre.
Cette formation au CNA m’a permis de pouvoir jouer avec des aérographes, et surtout de réaliser le travail approfondi sur les couleurs que requiert cette activité.
J’avais également un nombre important de roughs et de pictogrammes à traiter. Je dessinais des plats en sauce, des fours micro-ondes, des gels WC multicolores et autres produits ménagers…
Ces deux premières années ont été à la fois les plus difficiles et les plus enrichissantes de ma carrière car bien entendu, j’avais tout à apprendre. J’ai eu la chance d’être dirigé par Yves Suty (le fondateur d’Artaq) qui s’est toujours montré d’un optimisme et d’une bienveillance à toute épreuve. Il rendait les choses faciles.
Après ces études, j’ai souhaité élargir mes compétences. Je me suis intéressé à la mise en page, au graphisme, à la typographie… Les ordinateurs donnaient l’impression que l’on pouvait s’essayer à tout. C’est donc ce que j’ai fait en passant par de nombreuses agences et en alternant exécution PAO et direction artistique. J’ai finalement pris mon indépendance en tant qu’illustrateur en 2007. C’était une décision logique, j’avais été formé pour cela.

illustration de José Lozano

Quel a été le déclic qui t’a conduit à suivre ces cours du soir en 2003 ?
Ma femme. Avant de la rencontrer, je ne m’intéressais quasiment plus qu’au matériel informatique. J’avais fini par confondre moyens techniques et créativité. Elle m’a doucement poussé vers les musées et les expos où je suis tombé amoureux de ce que je voyais. Il y avait là une force qui m’était devenue étrangère et les images glanées sur le net ne pouvaient en aucun cas rendre justice aux originaux. C’est ce qui m’a renvoyé vers les outils traditionnels, les crayons, les stylos, le papier et plus récemment la peinture. Mais j’étais rouillé. J’avais besoin d’un catalyseur que j’ai finalement trouvé aux cours du soir de l’ENSBA (École nationale supérieure des beaux-arts). Je l’ai fait sans objectif précis, mais simplement parce que je ressentais le besoin de le faire.

ville jose lozano

Quels ont été les changements pour toi depuis que tu as rejoint Agent002 en 2010 ?
On a fini par me prendre au sérieux en tant qu’illustrateur. Avant on me demandait souvent : « Mais sinon, à part ça, tu fais quoi comme travail ? »
J’ai maintenant des commandes régulières avec l’agence Babel, et d’autres semblent me demander plus souvent. Cette année en particulier, j’ai vu mes commandes augmenter de manière significative.

portrait des beatles en illustration

Qu’est-ce qui selon toi fait le charme de ces jeux vidéos des années 80 qui t’inspirent tant ?
J’ai toujours pensé que des moyens restreints obligeaient à décupler nos forces créatives. Et c’est exactement ça. Une résolution écran très pauvre, des processeurs et des mémoires faibles ont poussé les graphistes à une synthèse et à un minimalisme relevant de la poésie. Ce sont des sortes de haïkus graphiques. Peut-être que j’exagère, je ne sais pas.
Bien sûr, je n’exclus pas aussi une certaine nostalgie contre laquelle j’ai parfois du mal à lutter.

foule dessinée par José Lozano de l'agence Agent002

Avec quels outils travailles-tu ?
Avec Adobe Illustrator et une tablette A4 de chez Wacom, que ce soit pour finaliser les illustrations ou pour les roughs.

Peux-tu décrire en quelques mots ton processus de travail sur une nouvelle commande ?
C’est très classique. Je mets à profit mon expérience de DA et traite le sujet comme si je devais le confier à un illustrateur qui ne serait pas moi. Je lis le brief et laisse la nuit porter conseil, avant de griffonner quelques croquis le lendemain ou le surlendemain en fonction de ma réactivité et de ma compréhension. Je fais ensuite un tri dans les croquis pour ne garder que ce qui me semble viable. À partir de cette matière première je réalise des roughs (parfois des assemblages entre différents croquis) un peu plus lisibles et enrichis d’annotations à l’attention du DA (maximum deux pour ne pas se disperser). Ensuite c’est la réalisation, l’illustration à partir du rough qui aura été validé par le client. Il arrive aussi que le DA m’envoie le rough en guise de brief, auquel cas je n’ai plus que l’illustration à réaliser.

illustration d'un robot

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Sur une série d’illustrations personnelles que j’ai imaginée lors de mes dernières vacances. Les voyages m’apportent toujours matière à réaliser de nouveaux visuels, sans toutefois lier ces images aux endroits dans lesquels je me suis trouvé. Elles auront d’ailleurs un aspect plus proche de mes illustrations commerciales que de visions oniriques.
Je travaille également sur un nouveau type d’images dans lesquelles, pour la première fois, j’essaierai de combiner des techniques mixtes.
J’ai aussi un atelier depuis fin 2013 où, parallèlement à mon activité d’illustrateur, j’essaye de faire avancer ma peinture.

dessin d'un aéroport dans un graphisme rétro

Quelles sont tes résolutions pour 2015 ?
Devenir (enfin) un joueur de tennis décent et lever le pied sur les féculents. L’un n’allant pas sans l’autre.

Plus d’images de José Lozano.

dessin rétro dans le style des jeux vidéo des années 80