ALINE ZALKO présente « 1977 » à la galerie Michel Lagarde

Entretien avec Aline Zalko qui revient pour nous sur son parcours et nous présente « 1977 », sa nouvelle exposition solo présentée à la galerie Michel Lagarde.

aline zalko 1977

Peux-tu revenir pour nous sur ton parcours artistique ?
Je suis née à Paris et c’est là que j’ai fait mes études aux Arts Déco. Lors d’un échange Erasmus à New York j’ai commencé à travailler pour le New York Times et le New York Times Book Review. Depuis mes dessins ont été publiés dans la presse (Le Figaro, Le Fooding, Feuilleton, etc.), et dans l’édition (Flammarion, Fayard).
Mon travail se compose aussi de dessins plus personnels exposés en 2014 à la Galerie Dérouillon, Paris, et au Salon de Montrouge en 2013.

portrait PAR ALINE ZALKO

Peux-tu nous présenter ton exposition solo à la galerie Michel Lagarde ?
Pour cette expo j’ai souhaité une ambiance années soixante-dix, une époque antérieure à ma naissance, très proche et datée à la fois. J’aime beaucoup l’atmosphère et les couleurs des films de série B, le mauvais goût en général et les jeunes égéries féminines à la fois proies des hommes et manipulatrices. Du coup les Pulps de ces années là et leurs couvertures énigmatiques ont été un bon point de départ pour mon travail. Je les ai ré interprétées en jouant sur leur côté sexiste et désuet amplifié par les titres, la typo, et les pliures d’usure. En écho à ces romans de gare à 50 cents j’ai réalisé une série de portraits de jeunes américains tels qu’on peut les voir dans les yearbooks (photos de classe). Je dessine essentiellement au crayon de couleur et au pastel.

exposition galerie michel lagarde

Quel est ton processus de travail et la technique que tu utilises lorsque tu réalises un nouveau dessin ?
Mon processus de travail… Je ne suis pas sûre d’en avoir un. Tout ce que je peux dire c’est que j’utilise le crayon de couleur principalement pour mes dessins, et un peu de pastel.
Quand il s’agit d’une commande, je vais faire des recherches sur le sujet, proposer des croquis et quand ils sont validés je me lance.

fake novel cover

Qu’est-ce qui t’attire dans le dessin de portrait ?
Ce qui m’attire dans les portraits, je ne sais pas. C’est vrai que j’aime beaucoup dessiner les visages, certainement parce que lorsque je commence un portrait je ne sais pas du tout à quoi il ressemblera à la fin. J’aime être surprise.

illustration exposition la galerie Michel Lagarde

Comment souhaites-tu faire évoluer ton travail au cours des années à venir ?
On verra bien. Les plus gros changements dans ma façon de dessiner ont été inattendus.

aline zalko illustration

Sur quoi travailles-tu actuellement ?
Sur une organisation plus pertinente des crayons de couleurs sur ma table de travail.

portrait aline zalko

Infos pratiques: Aline Zalko expose du 11 février au 27 mars 2015 à la galerie Michel Lagarde, 13 rue Bouchardon, Paris 10.
Plus d’images de Aline Zalko.

ALINE ZALKO : de A à Z

Aline Zalko est une dessinatrice née à Paris. Elle commence à travailler comme illustratrice pour le New York Times et le New York Times Book Review. Depuis ses dessins ont été publiés dans la presse (Le Figaro, Le Fooding, Télérama, Feuilleton, etc.), dans l’édition (Flammarion, Fayard) et en publicité (Havas).
Son travail se compose aussi de dessins plus personnels, exposés en 2014 à la Galerie Dérouillon, Paris, au Salon de Montrouge (2013), Drawing Now – le Salon du Dessin Contemporain, au Centre Culturel Suisse, et à la Galerie du Jour Agnès B. autour de la revue de dessins contemporains The Drawer.

A comme Architecture
J’ai commencé à dessiner la ville en arrivant à New-York quelques mois avant le 11 septembre. J’étais fascinée par sa reconstruction permanente de la ville sur elle-même, son avancement continu. Je me suis mise à dessiner les sites en construction entourés de buildings, les gros « trucks » américains, les Caterpillars…

Coney Island

Coney Island

Au cours de cette période j’étais fortement inspirée par les photographies de Walker Evans, le travail de Saul Steinberg, le pop art et aussi les dessins que Fernand Léger a fait de la ville.
Aujourd’hui je dessine la ville un peu comme je fais un portrait. J’accentue les couleurs et je brouille les perspectives. Au premier coup d’œil, tout paraît en place. Mais il suffit d’attarder son regard pour découvrir que tout est légèrement bancal, sur le fil du rasoir. C’est cet équilibre fragile qui m’intéresse.

Marseille

Marseille

D comme dessin.
Ce que j’aime dans le dessin, c’est son immédiateté et son absence de repentir. J’aime également la capacité qu’il offre à varier les traités pour passer de la transparence à la saturation. Il possède également un aspect enfantin que l’on peut détourner en faisant quelque chose d’inattendu, voire de dérangeant. Enfin, il y a toutes ces choses inexplicables dans l’attirance qui nous lie à un médium : l’objet, son poids, le bois du crayon de couleur, le toucher.
boules-de-neige

G comme littérature de Genre
L’avantage du mauvais goût sur le bon goût, c’est qu’il est souvent plus drôle. Et j’aime bien instiller de l’humour et de la bizarrerie dans mes dessins. C’est pourquoi je collectionne les couvertures des romans de gare des années 1960 à 1980. L’esthétique racoleuse, le choix des typos et des photos pourraient passer pour une faute de goût, mais tout cela m’inspire beaucoup, à la fois sur les couleurs, la symbolique et les situations, toujours très fortes. De la même façon, les films de David Cronenberg, John Carpenter et Dario Argento explorent des territoires qui me parlent et qui me plaisent.
DANDOSHAFT
Pour un travail de commande, disons que si l’on me demande un portrait de Frédéric Beigbeder par exemple, je vais éviter de m’aventurer vers une étrangeté trop franche. Celle-ci se manifestera par d’infimes touches et feront, je l’espère, que le dessin sera plus intéressant qu’une photo.
Beigbeder

M comme Maîtres
Enfant, mes parents m’emmenaient souvent au musée d’Orsay. Du coup, j’ai été très influencée par les impressionnistes, notamment Paul Gauguin. Puis, j’ai beaucoup admiré Pierre Bonnard, aussi bien pour ses thématiques que pour son emploi des couleurs et des perspectives.
Aujourd’hui, j’ai tendance à m’intéresser davantage à la peinture et au cinéma qu’au dessin. Pour en citer quelques-uns, je choisirais Gerhard Richter et David Hockney chez les contemporains, mais aussi certains primitifs rhénans ou flamands comme Hans Holbein, Lucas Cranach, Roger van der Weyden dont j’admire la belle étrangeté.

P comme Portraits
Longtemps, je n’ai pas dessiné de portraits. Je m’intéressais exclusivement aux tissus urbains, qu’il s’agisse des friches ou du cœur des villes. Jusqu’au jour où je suis tombée sur une série de photos de mode où posait Dakota Fanning. A l’époque, c’était une très jeune actrice. Une enfant. J’ai eu un coup de foudre pour ce visage blond et ses grands yeux cernés. A compter de ce jour, mon style a complètement évolué.
DakottaAujourd’hui, quand on me demande un portrait, j’essaie de rencontrer les gens si c’est possible. C’est toujours plus facile de dessiner un artiste, un écrivain, un acteur, une personnalité dont on connaît le parcours. Quant au traité, il va dépendre de la liberté que le directeur artistique m’accorde ou de celle que je m’autorise.
Le plus souvent, je privilégie les fonds blancs. Mais, j’aime aussi inventer tout un univers derrière les portraits comme je l’ai fait pour Xavier Dolan (magazine Trois Couleurs) ou Montaigne (Le Pèlerin). Je créé alors un paysage fictif composé de saynètes entremêlées. Cela permet d’associer un portrait à des éléments très narratifs et symboliques.
Dolan

montaigne