Le meilleur de DENIS CARRIER (en 2014)

Entretien avec Denis Carrier qui revient pour nous sur son travail en général et sur les images fortes qui ont marqué 2014 en particulier.

Denis Carrier basketball burger illustration

Peux-tu décrire en quelques mots ce qui fait la particularité de ton travail d’illustrateur ?
J’essaie de synthétiser des idées à travers des formes simples et souvent colorées. Et quand je le peux, j’y introduis un peu d’humour.

Affiche Decalage controle

Peux-tu nous parler de ton processus de création, comment travailles-tu sur une nouvelle commande ?
Le plus souvent, je reçois un article que je prends le temps de lire plusieurs fois. Ensuite je commence à chercher les grandes thématiques qui en ressortent et les images qui leur sont associées. À partir de là, je m’amuse avec ce matériau et je cherche comment je peux réussir à lui donner sens et forme afin qu’il devienne une porte ouverte sur l’article. Tout cela a l’air très sérieux mais dans la réalité, cela se matérialise surtout sous la forme de tous petits croquis mal dessinés entre deux blagues.

illustration flag

Quelle part tient l’humour dans tes illustrations ?
La même que dans ma vie et j’avoue que si un jeu de mot se présente à moi, je vais avoir beaucoup de mal à ne pas lui sauter dessus. En illustration, c’est un peu la même chose, j’essaie d’éviter d’être trop austère et si je peux faire sourire, je ne vais pas me priver, au contraire.

Denis Carrier dessin ville

Quelles sont tes influences (graphiques ou non) ?
La liste est sans fin mais là, comme ça je dirais : Saul Steinberg, Tomi Ungerer, Paul Rand, Daniel Johnston, Raymond Savignac, Bill Watterson, Dieter Rams, Kerouac, Josef Müller-Brockmann ou encore Sempé. Mais plus que tout il y a ma vie au quotidien, la musique que j’écoute, les blagues entre amis, les voyages et aussi étonnant que cela puisse paraître le fait d’aller pêcher.

Sexy pen

Pourrais-tu sélectionner et commenter tes 3 illustrations favorites de 2014 ?
Nature :
Je suis toujours content quand je reçois un mail venant de Nature. Je sais que le sujet sera complexe et que je vais apprendre pas mal de chose. Cette illustration traite de la dépression et de l’une des manières dont on décide de l’aborder actuellement pour mieux la comprendre en créant des bases des données.

illustration ordinateur

Têtu :
Depuis plus d’un an, j’ai la chance d’intervenir de manière mensuelle dans le magazine Têtu. J’y illustre des tribunes qui traitent de sujets assez variés. L’illustration que j’ai choisie avait pour but de montrer que la discrimination engendre la discrimination.

Denis Carrier tetu

The Dude Market :
J’ai fait ce personnage pour un ami qui organisait une friperie pop-Up. Je fais rarement des personnages car je suis souvent frustré de ne pas trouver de jeux de forme pertinents. Celui-ci me plaît bien car il a ces petits détails qui l’enrichissent et lui donne sens.

Denis Carrier personnage the dudes factory

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Actuellement, je jongle avec une série d’icônes pour Samsung au Canada, mes illustrations mensuelles pour Têtu et Which? Magazine et différents autres petits projets. Et il faut rajouter à cela un peu de design graphique et un projet d’une nano maison édition que je viens de monter avec un ami… On va dire que je m’ennuie pas.

Denis Carrier la tribune

Plus d’images de Denis Carrier.

Entretien avec Denis Carrier

C’est au creux des montagnes alpines que Denis Carrier (et sa grosse barbe) crobarde et dessine le plus clair de son temps. Passionné de musiques et de guitares en tout genre (il a notamment réalisé une affiche pour Arcade Fire dans le cadre « Art Rock », du festival Rock en Seine), le casque vissé sur les oreilles et un pied sur sa planche fétiche, ce Grenoblois d’adoption porte un regard attentif sur le monde qui l’entoure.
Il dessine pour la presse (The New York Times Magazine, Newsweek Magazine, Le Monde ou Wired), la SCNF, et s’est même mis à nu avec une série de caleçons pour Pull In ! Un style naïf qui laisse la part belle à l’idée, et des idées, il n’est pas prêt d’en manquer !

Denis Carrier dans son atelier

Agent 002 : Bonjour Denis, en quelques mots, peux tu résumer ton parcours et ce qui t’a amené à l’illustration?

Denis Carrier : À  la base, j’ai une formation de designer graphique et par la suite je me suis tourné vers l’illustration car je n’arrivais pas à trouver suffisamment de projets de graphisme dans lesquels m’épanouir. Je voulais me retrouver face à un questionnement (de fond ou de forme) et non pas dans de l’exécution bête et méchante. Après quelques mois à démarcher, j’ai trouvé quelques commandes où je retrouvais cette envie et les années passant, j’ai continué dans cette voie. Aujourd’hui, j’ai laissé un peu de côté le design graphique pour me consacrer quasi essentiellement à l’illustration.

Agent 002 : Quelles sont tes références, tes inspirations ?

Denis Carrier : Je penses tout de suite à des gens comme Savignac, Saul Bass, Sempé, Joseph Müller Brockmann, Dieter Rams mais aussi Sagmeister pour sa manière de voir la pratique professionnelle. J’aime trouver dans une image, une histoire qui arrive à exister dans une économie de moyen graphique. Je trouve que cela renforce celle-ci car chaque élément a un réel rôle à jouer dans la compréhension de l’image.

Agent 002 : Peux-tu nous présenter ton dossier en trois images ?

La première est un poster d’Arcade Fire réalisé dans le cadre d’une exposition pour le festival de musique Rock en Seine.

Poster d’Arcade Fire pour le festival Rock en Seine 2010

Il y a deux ans, j’ai eu la chance d’être appelé à participer à cette exposition et encore plus d’illustrer la tête d’affiche du festival qui se trouvait être l’un de mes groupes préférés. Étant totalement libre dans le processus de création. J’ai choisi de créer une image forte, chargée de petites références. Le résultat a été ce poster naviguant entre spirituel et graphisme minimal.

un kiss pour Gap (t-shirt)

Cette seconde image est une illustration pour un t-shirt pour la marque Gap. C’est un dessin qui vient de mon habitude à chercher tout les jours une idée graphique. Celui-ci utilise un mécanisme typographique basique qui permet d’illustrer le mot de manière humoristique tout en restant le plus simple possible. J’aime l’idée qu’en voyant le dessin les gens se disent “mais oui, comment je n’avais pas pu remarquer ça !”
Par la suite, ce dessin à été vu par Threadless qui l’a proposé à Gap et maintenant on peut le retrouver un peu partout aux États-Unis.

La Maroquinerie – septembre 2010

Après le poster d’Arcade Fire, la salle de concert La Maroquinerie m’a proposé de réaliser leur programme. Après plus d’un an de collaboration ensemble sur une base d’illustration vectorielle, début 2012, nous avons décidé de faire évoluer les programmes et j’ai proposé de passer à de la photo. L’idée était de transférer mon travail d’illustration avec des objets réels. Pour cela, le mécanisme est le même qu’une illustration standard, je cherche des idées et quand des pistes intéressantes prennent forme, je passe une demie journée avec le photographe Christophe Levet pour trouver la bonne lumière et avoir une qualité d’image impeccable. Le but est d’essayer de ne pas retoucher les images et d’obtenir une image forte suffisant à elle-même.

La Maroquinerie – septembre 2012

Agent 002 : Quelles sont tes envies du moment, tes projets ?

À l’heure actuelle, j’ai envie de continuer à avancer à mon rythme et accumuler de l’expérience. Cela ne fait que 2 ans que l’illustration est au centre de ma pratique et j’ai encore pas mal de route à parcourir avant d’en avoir fait le tour (si je le fais un jour…). J’aimerais  pouvoir continuer à mixer les clients et à l’avenir travailler autant pour la presse, la pub et la mode.
J’ai également l’envie de continuer à travailler mon dessin et d’affiner celui-ci. Et peut-être penser plus sérieusement à la création d’un album illustré.