Entretien avec Marion Tigréat

Marion Tigréat est diplômée de l’École Estienne et des Arts Décoratifs de Strasbourg. Elle débute sa carrière en tant que graphiste puis se tourne vers l’illustration, deux passions qu’elle pratique en alternance. Aujourd’hui serial découpeuse de papiers colorés, elle manie l’X-acto pour créer un univers pop où se côtoient personnages célèbres, animaux en tous genres, fleurs extraordinaires. Elle a déjà réalisé de nombreuses couvertures de livres (Flammarion), des pop-up (Hermès, Label Mañana), des illustrations pour la presse (revue DADA), des vitrines (Comptoir des Cotonniers)…

Portrait dans son atelier

AGENT 002 : Tu as commencé une collaboration au long cours avec la revue Dada et tu travailles par ailleurs comme graphiste. Peux-tu nous expliquer ton choix de faire des images en papier découpé et comment tu organises tes deux activités ?

Revue Dada / Cinémathèque française - Jacques Tati

Marion Tigréat : Depuis toute petite je bidouille des choses, je suis passée des bonhommes en pâte à sel aux affiches ou pochettes de CD entièrement réalisées au stylo bille au prix d’heures ou de journées à gribouiller. J’aime le fait de passer par quelque chose de physique, pouvoir coller, décoller, couper, recouper, déplacer des centaines de bouts de papiers. Et puis après scanner, photographier et retoucher. Dans le papier découpé il y a quelques chose de direct et d’immédiat qui me plaît. J’aime travailler en tout petit car cela m’oblige à une simplification extrême, et quand je travaille en plus grand j’ajoute des détails (que personne ne verra mais moi je sais qu’ils sont là !). Oui je sais c’est un peu obsessionnel mais je me sens bien dans cette technique. D’ailleurs quand je travaille en vectoriel, je suis aussi précise et perfectionniste.

Collection Etonnants classiques

J’ai évolué de petits théâtres de papier pour la collection Étonnants Classiques chez Flammarion, à des compositions personnelles plus foisonnantes entre fleurs et petits oiseaux, en passant par des pop-up véritables dentelles pour Hermès et depuis trois ans je perfectionne mes planches mensuelles pour la revue DADA.

Pop up réalisé pour Hermès

Revue Dada

Je suis aussi graphiste et j’ai la chance de travailler beaucoup pour l’édition et très souvent sur les livres d’autres illustrateurs, comme récemment Parle-moi d’amour d’Aline et Robert Crumb ou Stieg Larsson avant Millénium illustré par Frédéric Rébéna (chez Denoël Graphic). C’est très enrichissant de voir comment ces illustrateurs travaillent, même si leurs styles sont très éloignés de mon travail d’illustratrice, cela me nourrit. Et cela me permet de prendre de la distance avec mes illustrations et d’y revenir avec un œil neuf.

Fleur de papier pour la couverture du livre "Un jardin de papier"

AGENT 002 :  Quels sont les artistes ou les styles qui t’ont influencé ?
Je suis une vraie boulimique d’images, j’ai commencé par faire de la photo et du développement, puis un bac option cinéma-audiovisuel, et ensuite mes études de graphisme à l’école Estienne et aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Et puis j’ai travaillé trois ans avec Gérard Lo Monaco, avec qui je partage l’amour du graphisme coloré, ludique et fait main.

Illustration et design graphique de l'album Imaginario (label Mañana)

Je me nourris donc de toutes les formes d’art, de peinture (Munch récemment dont j’ai particulièrement admiré la gamme chromatique), de cinéma de Polanski à Miyazaki (je viens de voir le film d’animation « Le Tableau », une véritable merveille), de graphisme et d’illustration en tous genres et de toutes époques (j’aime traîner en librairie résistant à ma boulimie car ma maison est déjà bien remplie), de spectacles vivants entre cirque et danse contemporaine (j’attends avec impatience de revoir James Thierrée en cette fin d’année)… et puis il y a aussi la musique qui m’accompagne quand je travaille et les concerts qui me donnent beaucoup d’énergie (cette année Sufjan Stevens m’a vraiment marqué, sa générosité m’a boostée pour une décennie !).

AGENT 002 : Vers quel type d’univers souhaites tu orienter ton travail, et peux-tu expliquer ta technique (ou processus) de travail ?

J’aimerais continuer à travailler pour la jeunesse car c’est un de mes premiers amours. Mais j’ai également envie de faire des choses plus adultes et plus sombres. J’ai des carnets à idées ou croquis que je fais évoluer, je note des idées et après je vois si elles restent présentes à mon esprit, si oui j’y reviens. Je travaille beaucoup par couches et en différentes phases, du gribouillis, aux premiers bouts d’illustration que je laisse reposer et puis je continue à y travailler par la pensée et puis un jour j’ai une illumination et je vois vers où tout ça doit évoluer.

Carnets de croquis

Mini-portraits découpés

C’est un peu la même chose pour mes travaux de commandes, mais en beaucoup plus rapide ! Les roughs sont très précis, une fois validés je choisis ma gamme de papier, en général assez restreinte 2/3 couleurs et le noir (très important le noir !), puis j’attaque la découpe. Parfois je colle en couches successives, d’autres fois je monte toutes mes formes en pop-up, et certaines fois je photographie un ensemble de formes qui peuvent être déplacées. Ensuite j’aime corriger la chromie pour qu’elle soit exactement comme dans mon esprit.

AGENT 002 : Tes projets en cette fin d’année 2011 (livre, expo  ?)
Après avoir beaucoup travaillé sur des commandes cette année, je reviens à mes projets personnels. Je travaille sur des projets d’albums jeunesse et pop-ups que j’aimerais évidemment voir publiés. Certains projets sont dans mes valises depuis quelques temps déjà et arrivent à maturité. Je trouve assez intéressant de revenir sur un projet qu’on a un peu laissé de côté et de pouvoir s’y replonger en l’améliorant. J’ai envie de raconter à la fois des histoires fantasques pour enfants, de faire des images plus romantiques pour les petits comme pour les grands, de parler de sujets plus graves.

La récréation

J’attends aussi de nouvelles commandes de couvertures de livre ou autre qui m’amèneront vers des thèmes divers et variés. Et puis j’ai envie d’exposer mes originaux en papier découpé qui commencent à s’accumuler, jusque là je travaillais un peu confidentiellement mais maintenant je me sens vraiment prête à montrer tout cela ! En attendant vous pouvez voir en ce moment mon Yéti qui a été sélectionné pour le concours « À la recherche du chaînon manquant » de l’expostion Pictoplasma – Post Digital Monsters à la Gaîté Lyrique.

le yéti

bonne année !