À la rencontre de Swindler & Swindler

Rémy Boiré et Margot Reverdy font partie de cette nouvelle génération d’illustrateurs talentueux, qui se sont fait une petite place dans un univers très complexe. Passion et patience les ont conduits à tracer leur propre chemin et aujourd’hui, les deux Grenoblois s’associent et annoncent le lancement du studio Swindler & Swindler.swindler-swindler

Un parcours fait main, par ces deux Grenoblois pleins d’audace. Depuis quelques mois, ils démontrent à la fois leur capacité à puiser l’inspiration dans les techniques du passé, tout en les diffusant largement via les médias sociaux. À l’occasion de l’exposition Dream On, à laquelle le studio a pris part au Tiny Café (à proximité de Bastille), nous avons rencontré Margot et Rémy.

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Pouvez-vous vous présentez ?

Margot : Je m’appelle Margot Reverdy, je suis issue d’une formation en Arts appliqués, spécialisée en design de produits. J’ai toujours beaucoup dessiné et d’ailleurs au cours de mon mémoire de master, j’ai beaucoup évoqué la question du tatouage. Malgré cette passion, je ne me suis jamais vraiment permise de me dire que j’allais devenir illustratrice.
Il y a peu près un an, Rémy m’a proposé de faire une première collaboration sur une expo et ça m’a beaucoup plu. On a enchaîné sur une deuxième collab’ et depuis je ne suis jamais repartie. On a donc décidé de créer notre studio, Swindler & Swindler.

Rémy : Moi, c’est Rémy Boiré, et depuis deux ans je fais du lettering à mon compte. J’ai voulu monter ce studio avec Margot pour, petit à petit, laisser tomber le lettering solo. Ces dernières années, la typo a pris énormément d’ampleur et c’est vrai qu’en créant le studio, on avait envie d’aller un peu plus loin que la tendance. Rentrer pleinement dans l’illustration.

Margot : On a deux univers totalement différents. Lui, il est très droit, vise la perfection dans le détail, parce que la typo exige une perfection et une rigueur particulière. Moi, je suis plus dans la liberté. On espère que les deux ensembles vont former un super combo, une belle complémentarité.

Vous parliez de ce rêve inavoué d’être illustrateurs, comment passe t-on le cap pour se lancer ?

Rémy : Après mon BTS en communication visuelle, j’ai tout de suite commencé à bosser. D’abord dans une imprimerie d’étiquettes adhésives, puis en agence. À chaque fois, je suis parti assez vite parce que ça ne me convenait pas. Ces expériences m’ont poussé vers le freelance.

Margot : Se lancer seule c’est quand même super difficile, il faut avoir beaucoup de courage. Quand on sort de l’école, il faut partir de l’idée qu’au début, on ne va rien gagner et énormément bosser.

Rémy : C’est vrai, c’est un des rares métiers où tu dois travailler gratuitement pour espérer avoir du travail.

Margot : Je pense que si j’avais été toute seule je ne l’aurais pas fait. Le fait d’être à deux permet de se motiver et de garder la foi. Il faut juste ne pas lâcher le truc. Pour passer le cap il faut un peu de talent, mais surtout beaucoup d’acharnement.

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Pourquoi ce nom Swindler & Swindler ?

Margot : « Swindler » ça veut dire faussaire en anglais. Le nom vient d’un brainstorming qu’on a fait tous les deux. On a commencé par regarder les choses que l’on aimait, et il s’avère qu’on a une passion commune pour les anciennes factures, les vieilles gravures, les bons du Trésor… Quand on nous a demandé de participer à l’exposition au Tiny Café à Bastille, on a voulu développer des créations autour de cet univers, et on s’est dit que ça serait assez amusant et tordu de vendre des choses qui sont invendables. Tout ce que la société souhaite vendre, mais qui en réalité ne se vend pas. Des bons sentiments comme l’empathie, l’honnêteté, l’indulgence ou encore le respect. À partir de ça, on s’est dit que si des personnes étaient capables de payer pour ces qualités non monnayables, alors on était quelque part des faussaires, mais dans le bon sens du terme, attention. C’est de l’humour sarcastique.

Rémy : D’un point de vue moins tordu, Swindler & Swindler parce qu’on est deux et que ça sonne bien. C’est aussi un pied de nez à Stranger & Stranger, une agence de packaging qu’on admire.

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Vous avez déjà commencé certains projets ?

Rémy : Le premier projet, c’est l’expo qu’on vient de présenter. C’est un gros travail, sur lequel il y a bien une centaine d’heures passées sur chaque dessin. Pour la suite, on va essayé de faire des séries sur des formats différents et de chacun peaufiner nos univers afin de faire évoluer notre univers commun. L’objectif n’est pas de faire que de la typo avec des fleurs. On aimerait être relativement libres de l’esthétique et du support.

Margot : Des projets, on en a quinze. On y va à notre rythme. Comme moi je viens du design d’objet, j’ai aussi envie de raccorder cet univers en faisant des créations pour des luminaires, de la céramique, du bois. On n’a pas envie de se mettre des barrières. On est tout jeunes, puisqu’on a commencé il y a peu, donc on laisse aussi les choses venir.

Allez-vous continuer vos projets personnels à côté du studio ?

Margot : Sûrement, mais il va falloir être vigilant à ce que ces projets persos ne prennent pas trop d’ampleur. Il faut au maximum tenir notre ligne directrice et ne pas s’en écarter.

Rémy : On a vraiment envie de faire notre activité sans concession. Mon évolution dans le lettering m’a parfois dérangé parce qu’on m’a souvent demandé des choses qui ne me correspondaient pas, juste parce que la typo est très tendance. Je veux, avec le studio, me dégager petit à petit de tout ça et avoir une direction artistique plus sévère.

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Comment percevez-vous le retour du fait main actuel ?

Rémy : Le phénomène est là, c’est sûr, mais on ne se pose pas vraiment la question. Nous on pratique par passion , par conviction, même si le mot peut paraître un peu fort.

Margot : Oui, c’est naturel, on est fait pour ou non. Moi j’aime passer des centaines d’heures à dessiner à la main, sans que ça me dérange. Il faut aussi aimer ce côté besogneux.

Rémy : C’est sûr que travailler sur du papier est complètement différent que sur l’ordinateur. Les mouvements du corps, du bras retranscrivent l’idée que tu as en tête. Sur ordi, la démarche est plus statique.
Après par rapport à la tendance, je pense qu’il faut aussi distinguer le fait à la main et l’esthétique fait main. Nous, on fait nos créations à la main, mais on ne cherche pas forcément à ce que cela se perçoive dans le rendu. On me demande d’ailleurs souvent si mes créas sont dessinées à l’ordi.
Mais, oui, il y a ce retour à l’esthétique fait main, dans laquelle on travaille vachement les textures, à donner une chaleur humaine aux tracés. Mais majoritairement ce type de travail se fait en fait via le numérique.

Comment construisez-vous vos images ?

Margot : Au niveau de l’organisation, Rémy s’occupe du lettering, moi de l’ornementation florale. Ensuite toute la compo, on la monte à deux.

Rémy : C’est un peu une partie de ping-pong. Comme il est difficile de travailler à deux en même temps sur un format type A3, sans se gêner, on entame deux ou trois créations en même temps et on se les échange continuellement pour avancer.

Quelles sont vos inspirations ?

Rémy : Tous les deux, on a plutôt des inspirations XIXème et début XXème siècle. On aime beaucoup le travail tel qu’il était fait à cette époque. Nos inspirations vont être des vieux certificats, des diplômes. Si tu regardes les diplômes d’Harvard dans les années 1920-1930, ça n’a plus rien à voir avec aujourd’hui. Les mecs passaient des heures et des heures sur des gravures. Aujourd’hui avec tous les outils dont on dispose, on n’arrive même pas à recréer cette finesse. Donc on a toute une collection de vieilles factures, des trucs de charcutiers, de boulangers, des illustrations puisées dans les anciens corps de métiers. Après, quand je commence à dessiner les lettres, je vais vraiment chercher à aller dans le détail, à travailler les empattements, les graisses.

Margot : Il y a aussi beaucoup de feeling.

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Y a-t-il beaucoup d’essais avant d’atteindre le résultat final ?

Rémy : Oui, quand même. Pour la typo, je travaille beaucoup à la table lumineuse. J’y passe énormément de temps. Sur une typo je peux passer une journée rien qu’à caler le mot. Généralement, je fais un premier croquis d’ensemble, puis après je reprends à la table lumineuse et je retrace toutes les lettres. Ensuite je fais un certain nombre de modifications, puis une fois que tout ça est fait j’ajuste mon kerning, pour que l’espacement entre les lettres soit correct.

Margot : Entre temps, il faut aussi que la typo aille avec le reste, avec l’ambiance. Il y a tout un jeu de recherches. Pour les décors, ça se passe beaucoup dans ma tête. J’achète beaucoup de fleurs et après je fais un mix de ces compositions naturelles. J’en fais un croquiq de départ puis je me lance.

Faire des making-of, communiquer sur les réseaux sociaux, est-ce que le process est aussi important que le résultat 

Margot : Disons que ça permet aux gens de rentrer dans le process, dans l’univers, de se sentir touchés par ce qu’on fait. C’est important de ne pas être froid et de ne pas juste livrer au spectateur le résultat final. Ça peut permettre de mieux comprendre l’ensemble, de déceler la finesse du travail, l’acharnement, l’amour, le temps qu’on y a mis.
Après, communiquer fait aussi partie du job, parfois même trop. Aujourd’hui, quand on fait de l’illustration, il faut aussi savoir poster sur les réseaux, animer un blog.

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Rémy : En fait, c’est à la fois une contrainte et un plaisir. Ça permet de toucher beaucoup de monde, mais ça n’apporte que très peu d’échanges sur la qualité de notre travail.
En terme de visibilité, c’est très intéressant. Les réseaux sociaux permettent un fonctionnement professionnel différent où l’illustrateur n’est plus obligé de démarcher directement pour choper de nouveaux boulots.
Moi j’ai toujours fonctionné avec les RS, parce que je trouve que la relation avec le client n’est pas la même. Quand il vient de lui-même parce qu’il t’a repéré sur Instagram, il a en général compris ton univers, et sait pourquoi il te choisit. Ca change beaucoup de choses dans l’approche du travail.

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La suite idéale ?

Rémy : On tient à préserver un équilibre entre la commande et notre activité artistique. Les deux sont indissociables.

Margot : On a déjà beaucoup de projets en tête, si on les réalise tous, ça sera déjà bien. On a envie de toucher un peu à tout, de faire de l’objet de la sculpture. Tout ça au travers de l’édition ou de l’exposition. Prochainement, il y aura de la sérigraphie.

Propos recueillis par Charles Loyer

Liens pour découvrir le travail des Swindler & Swindler :

http://www.agent002.com

http://swindlerandswindler.com

Merci à Charles Loyer et Étapes
Photos, Interview : Charles Loyer / ©Étapes

Interview de l’artiste et illustratrice Aurélie Guillerey

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1) Quel est ton parcours et comment es-tu arrivée à l’illustration ?

Je suis entrée à l’école supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg après un bac arts appliqués à Besançon. Petite j’aimais dessiner des personnages, imaginer leur vêtements, leurs caractères et les faire dialoguer un peu comme on joue à la poupée! Je me suis posée la question de faire du stylisme. À 15 ans j’avais même écrit et envoyé des dessins à Christian Lacroix qui m’avait répondu une magnifique lettre manuscrite et conseillé plusieurs écoles. La mode m’intéresse toujours mais le côté concret de la réalisation des vêtements un peu moins. L’illustration regroupe tout ce que j’aime, à la fois je suis un peu styliste et je continue à me raconter des histoires en inventant des personnages, des décors.

2) Ayant eu une formation en illustration didactique, comment réussis-tu à concilier aussi le côté esthétique ?

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J’ai une formation en illustration narrative, dans l’atelier de Claude Lapointe. Dans les albums que j’illustre, souvent je me dis avant de commencer, « whaou, dans ce livre, je vais faire des images incroyables, ça va être un festival à chaque page » … et bien heu non, ce n’est souvent pas possible de proposer à chaque page un cadrage complètement dingue etc… c’est plus facile d’appuyer le côté esthétique dans des images uniques. Voilà pourquoi, j’aime varier les commandes, à la fois faire des albums mais aussi des affiches, cartes postales. Dernièrement, j’ai illustré le texte de Claire Clément « Bien fait pour vous! » dans lequel mes images sont plus intrigantes, plus libres peut-être par rapport à ce que je fais d’habitude car le texte elliptique permettait cela. C’est un équilibre à trouver entre le texte et les images qui racontent elles aussi.

3) Quelles sont tes influences et tes inspirations ?aurelie_guillerey_agent002_itwQ3

J’ai hérité de tous les livres de ma maman et même certains de mon grand-père. Je ne sais pas si le goût pour les années 50, 60 vient de là. J’aime le travail des affichistes de ces années-là, avec une économie de moyens et une palette de couleurs réduite. Allez, quelques noms en vrac: les Provensen, Roger Duvoisin, Savignac, les illustrateurs russes, Fedor Rojankovsky, Nathalie Parain, Sempé bien sûr, l’étrangeté d’Edward Gorey, Remy Charlip, Pierre le Tan, Tomi Ungerer etc… il y en a tellement ! Mes inspirations viennent aussi beaucoup de lieux et de personnes que j’ai rencontrées… le conservatoire que j’ai fréquenté toute mon enfance, ma prof adorée de piano, qui vivait avec sa soeur. Toutes les deux complètement fantasques, couvertes de breloques, dont une avait une petite perruque cachant une calvitie qui se décollait à chaque fois qu’elle battait la mesure! J’aime bien ces rencontres loufoques, j’en sème quelques souvenirs dans mes images.

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4)  Quel est le projet qui t’as le plus marqué (un tournant dans ton évolution ?), ou celui que tu as préféré et pourquoi ?

J’ai travaillé pendant plusieurs années pour Très Tôt Théâtre à Quimper. J’illustrais chaque spectacle dans leur programme de saison théâtrale. La plupart du temps les spectacles étaient en création, donc je n’avais rien vu, juste lu un petit résumé d’intention du spectacle.

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C’était vraiment génial, car on ne me demandait pas de faire une photo du spectacle (comme dans la majorité des programmes de théâtre) mais de proposer une image narrative de ma vision du spectacle. Je n’avais pas la contrainte d’un texte (parfois ce n’est pas facile de mettre en image tout en gardant son univers sur les mots d’un auteur).

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J’ai reçu beaucoup de retours des compagnie de théâtre qui ensuite m’on demandé de réaliser leurs affiches de spectacle. Après avoir vu ces images, Elizabeth Brami m’avait demandé de proposer un projet de livre personnel et j’ai écrit « Bonsoir porte manteau! ».

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5)  Tu nous as dit que tu partais en vacances dans une merveilleuse cabane sans électricité ni eau courante, à flanc de falaise. Est-ce là que tu puises ton énergie ?

Ah oui là-bas c‘est la vie sauvage. Je reprends mes gouaches, moi qui les ai abandonnées au profit du numérique, et je dessine les paysages, les fleurs de la dune qui changent d’une semaine sur l’autre et mes proches. Mais la pêche aux palourdes ça va bien pendant quelques semaines, j’aime aussi les grandes villes qui grouillent de monde, voir des expos de peinture, passer du temps dans les cafés etc…

6) Quelle est ton actualité pour le début 2016 ?

 Je suis en train d’illustrer un texte d’Emilie Chazerand que j’avais rencontrée grâce à Benjamin Médias pour « Un frère en bocal ».

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Son écriture truculente m’a complètement séduite et nous travaillons ensemble sur notre troisième album à paraître chez Sarbacane. Je prépare aussi une exposition de mon travail à Rennes dans le cadre du festival Les p’tits bouquineurs où je vais rencontrer beaucoup de classes.

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Liens pour découvrir le travail d’Aurélie Guillerey :

http://agent002.com

Entretien avec Becca Clason

Nous souhaitons la bienvenue à Becca Clason dans l’équipe d’Agent 002.
Jeune artiste typographe-designer américaine, Becca utilise l’art du « lettrage » et le stop-motion afin de donner vie aux slogans des marques pour lesquelles elle travaille, ainsi qu’une garantie d’authenticité : compositions florales, en aliments et toute une multitude d’autres matériaux. De la création à la réalisation, de la disposition des matériaux au montage de la vidéo, Becca s’occupe de toutes les étapes du projet et de nombreux clients tels qu’ American Express, Disney, Kellogg’s Special K, L’Oréal, The Washington Post lui ont fait confiance.

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1) Qu’est-ce qui t’a amené à l’illustration ?

J’ai changé de voie pas mal de fois avant d’en arriver là. J’ai étudié la publicité à l’université et le design graphique, puis j’ai commencé à travailler dans une agence de publicité. Je me suis alors consacrée à la conception graphique. Et c’est en tant que graphiste à temps plein que j’ai découvert le lettrage.
Ce fut comme trouver l’âme sœur. Je savais que le lettrage était ce que je voulais créer pour le reste de ma vie.
J’ai dû travailler et apprendre comment le faire correctement. Il y a toujours de nouvelles astuces ou des styles à découvrir, et c’est l’une des choses que je préfère dans ce milieu. Il y a environ un an et demi, je suis passée de croquis sur papier à vectorisation sur l’ordinateur pour finalement créer le lettrage à la main.

Puis, un jour, après la cueillette des légumes de mon jardin pour faire une sauce salsa, j’ai stylisé le mot «Fresh» avec ma récolte sur la table de ma cuisine, et j’ai été scotchée. Je me suis demandée pourquoi je ne l’avais pas fait avant, pourquoi je n’avais pas eu l’idée de créer des lettrages en volume dans ce monde où tout est fait en 3D ?!

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2) Quelles sont tes influences ?

Il y a quelques années, Sagmeister a créé la première typographie en nourriture
pour son projet « The happy film« , c’était la première fois que je voyais ça.Je me souviens avoir été tellement impressionnée par la façon dont il avait travaillé la découpe des lettres dans les tranches de pastèque et sa disposition sur un lit de fougères. J’y ai beaucoup réfléchi ensuite.
Je me souviens aussi, alors que j’étais dans la salle d’attente chez le médecin à feuilleter un magazine, être tombée sur une publicité pour un bar à granola, où les accents du texte étaient faits de fraises. J’ai tellement aimé cette idée, que j’ai embarqué le magazine chez moi, et je l’ai toujours !

La typographie culinaire s’est développée en publicité ces dernières années, et j’ai fini par me lancer à mon tour. J’ai fait un grand écart par rapport au digital et c’est sans regret !

3) Pourquoi avoir choisi comme médium la nourriture et autres ?
Comment choisis-tu un éléments plutôt qu’un autre ?

Quand j’ai commencé à créer des lettres en volume, j’utilisais beaucoup de fleurs et de plantes. Mais l’hiver venant, il n’y avait plus beaucoup de fleurs pour pouvoir travailler et c’est assez naturellement que j’ai essayé avec de la nourriture. A la réflexion, c’est universel, apprécié et partagé partout dans le monde. De plus, les gens sont toujours enchantés lorsqu’ils voient quelque chose utilisée de façon inattendue et créative. Il me semble que la typographie culinaire marie bien ces différents points.

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J’ai créé pas mal de projets en nourriture, juste pour le plaisir, parce que chaque projet était comme une révélation. J’aimais ces défis avec moi-même qui m’incitaient à trouver toujours de nouveaux matériaux. Ça a décollé avec les premières vraies commandes.
J’ai aussi travaillé avec quelques clients comme Target (et d’autres qui n’ont pas encore été publiés) en utilisant des matériaux encore différents, et je souhaiterais vraiment avoir plus de projets comme ceux-là et rester dans cette dynamique.

La taille et la couleur jouent un très grand rôle dans le choix des matériaux pour la création du lettrage.

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Parfois, le client a une idée bien précise de ce qu’il souhaite comme matériaux  et c’est à moi d’inventer une composition amusante de lettres qui doit ressortir sur l’arrière plan.

D’autres fois, j’ai la liberté de pouvoir choisir les matériaux pour le lettrage. J’utilise des choses qui seront suffisamment petites ou flexibles afin de pouvoir les manipuler ou de créer des couleurs ou des textures intéressantes.

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4) Peux-tu nous parler d’un de tes projets favoris ?

Dernièrement, j’ai réalisé plusieurs visuels et animations pour American Express. C’était mon premier projet pour un client en stop-motion,  un nouveau défi  !

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J’ai vraiment aimé comment tout se combiner à merveille. Ensuite j’ai eu plus de projets en stop-motion et en animation, ce qui fut donc déterminant.

C’était aussi le projet le plus délicat que j’ai eu à faire,  et je suis vraiment très contente du résultat.

5) Quel serait ton projet rêvé ?

J’adorerais travailler pour Nike. Un jour peut-être !

6) Et la question idiote : est-ce qu’il t’arrive de grignoter tes compositions culinaires pendant et/ou après la prise?

Oh, sans arrêt ! La semaine dernière, je travaillais sur une création avec des marshmallows et du chocolat chaud, j’ai commencé à me sentir malade parce que j’avais mangé beaucoup trop de marshmallows. Heureusement, j’en avais beaucoup sous la main pour compléter mon design malgré ma gourmandise.

Si je ne suis pas sûre d’avoir suffisamment d’un ingrédient pour aller jusqu’à la fin du shooting, j’attends que celui-ci soit terminé pour pouvoir grignoter quelque chose de la composition.

Parfois, mes shootings durent des heures, ce qui rend certains aliments immangeables, comme la viande par exemple, donc malheureusement certaines choses finissent à la poubelle. D’autres fois en revanche, j’ai tellement de choses à grignoter que j’en apporte à mes amis et à mes proches. C’est souvent le cas avec l’houmous, les glaces, les biscuits pour n’en citer que quelques-uns.

Becca_Clason_agent002_sabra-rosemary-sea-salt-detail-3 Liens pour découvrir le travail de Becca Clason:

http://www.agent002.com

http://www.beccaclason.com

Rencontre avec le duo d’illustrateurs Førtifem

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Installé dans le 11e arrondissement de Paris, Førtifem est un duo singulier, formé par Jessica Daubertes et Adrien Havet. En couple dans la vie comme au travail, ils ont décidé après quelques années en agence de pub ou en freelance, de se consacrer à leur passion pour l’illustration. Un choix opportun puisque depuis la création du studio en 2011, et leurs premières pochettes de disques, les commandes se sont multipliées et aujourd’hui les deux talentueux illustrateurs partagent leur temps entre leurs projets perso, des expos, et des livrables pour des clients de tous horizons, de Canal+, à Action contre la Faim, en passant par des labels métal comme Throatruiner Records. Intrigué par cette capacité à imposer leur univers, étapes: est allé à la rencontre de ces deux jeunes tatoués plein d’avenir.

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Førtifem c’est quoi ?

Adrien : Førtifem c’est de l’illustration principalement mais aussi de la direction artistique. On est deux graphistes de formation pure, on ne se contente pas que de dessiner. On essaye d’appréhender des réponses visuelles globales à ce qu’on fait. On est un duo, un couple, des collaborateurs, des amoureux. C’est notre petite entité à nous deux, on a choisi de signer sous le même nom parce qu’on réfléchit et produit tout à deux, on a des techniques et des approches complémentaires.

Pourquoi Førtifem ?

Jessica : C’est norvégien, on aime beaucoup la Scandinavie et la Norvège, notamment pour sa forêt et son métal. Ça veut dire « 45 » en Norvégien, parce qu’on a commencé au 45 de notre petite rue tout simplement. Au début c’était juste pour un projet et comme on aimait bien la consonance, et le « o » barré, on a décidé de le garder.

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Quel est votre parcours ?

Jessica : J’ai fait mes études aux Beaux-Arts à Caen en design graphique et ensuite je me suis lancée en tant que graphiste free-lance, plutôt print, à Nantes pendant deux ans. J’ai rencontré Adrien et je suis montée sur Paris. J’ai continué à être graphiste print mais sans trop de conviction et me suis petit à petit mise à l’illustration.

Adrien : J’ai une formation de graphisme et communication visuelle, complétée aux Gobelins en graphisme et multimédia. Je suis rentré ensuite dans la pub et j’ai commencé à faire des sites web en tant que DA. J’ai traîné au ministère de la pub chez Publicis, chez Ogilvy, puis au bout d’un moment les responsabilités s’empilaient. J’avais envie de faire quelques chose d’un peu plus léger, de plus personnel. C’est arrivé au moment où on a commencé à bosser notre illustration le soir.

Jessica : Oui, au début comme on aimait tous les deux le dessins, on a commencé à en faire un peu dans notre coin. De fil en aiguille, un ami sérigraphe nous a fait passer aux choses sérieuses en nous proposant une expo à Reims dans un salon de Tattoo. Ça a commencé à plaire et avec l’effet boule de neige, notre petite activité du soir est devenue un travail à temps plein.

Adrien : En résumé, on a commencé l’illustration en dilettante, en poursuivant une passion qu’on exerçait depuis nos études. On a fait quelques projets pour l’univers de la musique et face à une demande croissante et aux encouragements, on s’est dit « pourquoi pas essayer d’en vivre ».

Votre travail est inspiré du dessin ancien et du tattoo, quelles sont vos influences ?

Adrien : On a énormément d’amour pour les vieux papiers et on passe notre temps à regarder des archives, parce qu’il y a un savoir-faire dingue. Il y a une petite veine d’illustrateurs qui déploie de l’énergie à faire briller cet héritage de techniques anciennes et qu’on apprécie particulièrement. Ensuite, par goût et par esthétique, on y a ajouté notre passion pour l’imagerie des tatouages.

Jessica : Quand on a commencé à dessiner à deux, on a vu ce qui pouvait nous réunir. Il y avait le tatouage, la gravure, l’illustration métal, tout ce qui est anatomique, étude scientifique. Toutes ces choses nous parlaient, donc on a essayé de les réunir.

Vos références ?

Adrien : Au risque d’être surprenant le plus grand illustrateur des pochettes de métal est encore Gustave Doré (rires). Des références, on en a à la pelle que ça soit Doré, Albrecht Durer ou encore la peinture flamande. Beaucoup de vieilleries au final, mais on aussi beaucoup d’admiration pour un certain nombre d’illustrateurs contemporains.

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Gravure de Gustave Doré (1832-1883)

Comment expliquez-vous le regain de la gravure ?

Adrien : C’est assez américain à vrai dire. Le phénomène est un peu moins vrai en Europe. Simplement parce que en France par exemple, on a moins la culture du gig posters. Aux États-Unis, pas mal d’illustrateurs se sont fait connaître par le monde de la musique et leur travail est devenu un truc assez culte.
Ces illustrateurs ont commencé de manière simple, en produisant un grand nombre d’affiches pour des concerts. À chaque fois, ils ont réussi à conserver cette exigence esthétique pour proposer au public une qualité remarquable. Aujourd’hui, ces tirages se vendent super bien, et ces mecs sont de plus en plus « côtés ». Un regain qui vient de l’image plus que du groupe de musique en lui-même.

Jessica : Il y a aussi aujourd’hui une envie de faire des choses sur papier, de s’éloigner un peu de l’ordi en revenant à des techniques plus manuelles. La gravure revient peu à peu et si on regarde les récentes tendances dans le tatouage, c’est flagrant.

Adrien : Ça fait vraiment pas très longtemps que ce style revient. Je pense qu’il y a un nouveau besoin de tangible avec un gros come-back de l’artisanat. Les gens ça ne leur suffit plus d’avoir des jpeg ou des mp3, c’est un peu comme pour le retour du vinyle.

Votre première commande ?

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Jessica : La première commande était justement une illustration de vinyle. C’était pour Cowards, un groupe parisien de Hard très très lourd. Une connaissance qui faisait partie de ce groupe nous avait confié la pochette. Évidemment pour cette première réalisation on a mis 4 fois plus de temps qu’à l’habitude.

Un projet qui vous a marqué ?

Adrien : Je pense à nos foulards. On s’est retrouvé à faire une collab’ avec Jean Leblanc. Le projet était un énorme foulard illustré autour d’une thématique commune. On a fait un gros cadavre exquis avec des styles complètement différents.

Jessica : Oui il y avait un mélange avec du stylo encre et de l’autre côté de l’illustrator avec des dégradés. C’était rigolo de voir comment ça fonctionnait.

Adrien : Et tout ça était dans le cadre d’un site We Are The Mascotte qui propose des objets collaboratifs et artistiques. Chacune des collaborations est tirée à un exemplaire et est vendue aux enchères sur ebay. Il n’y a donc aujourd’hui qu’une personne qui détient ce foulard.
Il y a aussi le projet « The Piano Teller » pour Action contre la Faim, pour les 35 ans de l’ONG. On a été contacté par l’agence 84. Paris et on a dû illustrer dix crises sur lesquelles l’organisation est intervenue. On nous a laissés beaucoup de liberté pour illustrer les choses les moins sympas du monde (le Tsunami, la Serbie, le Rwanda).

Jessica : C’était un rythme très soutenu, on dessinait non-stop, mais il y avait tellement de monde impliqué dans ce projet, qu’on sentait qu’on faisait quelque chose de très positif et avec des gens géniaux malgré les images dures. Ça nous a sorti un peu de notre zone de confort, des pochettes de métal.

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Papier peint pour la marque de liqueur Jägermeister

En quelques mots votre processus de création ?

J : On fonctionne beaucoup par collage numérique plutôt que par des sketchs souvent très brouillons. Une fois validé avec le client, on reprend les idées et on les met sur papier dans notre style.

A : Comme on fait beaucoup de figuratif, c’est plus facile pour nous d’utiliser ces techniques. Ça nous permet d’être réactif.

Vos outils de travail ?

Tous les deux : Photoshop, des bons crayons, une table.

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Vous faites beaucoup de projets perso ? Comment gérer l’équilibre avec la commande ?

A : C’est un gros Tétris, on a toujours du mal à donner une priorité sur un projet. On préfère refuser un truc que de le prendre à la légère. On fait rentrer un max de choses dans notre calendrier mais en fonction des périodes, on va parfois moins dessiner pour nous et plus pour le client.

J : Néanmoins on accepte beaucoup d’expos pour se donner cet impératif de dessiner pour nous.

A : Les expos c’est toujours une chance d’aller vers de nouveaux terrains d’expérimentation, de rencontrer des gens. On est forcément moins bridé que pour la commande, ne serait-ce que au niveau du support et de la technique.

J : Oui, d’ailleurs récemment on a fait des fresques et là on va s’essayer à la sérigraphie sur bois.

Une journée de travail type ?

A : Malheureusement on n’en a pas de définie… mais on se fixe quand même un rythme. On essaye d’être au studio de 11h à 20h avec au programme beaucoup d’emails, beaucoup de café et du dessin.

J : La réflexion sur les projets, on va plus l’avoir le soir à la maison, quand on se pose au studio, on est plus là pour l’exécution.

A : Comme on est en couple, on est très immergé dans notre travail. On papote même de nos projets sur nos trajets entre la maison et le studio.

Comment ressentez-vous le fait de travailler dans un espace partagé ? Vous écoutez du métal avec vos colocataires de bureaux ?

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A : Non le métal au studio c’est de la musique de casque. Passé du métal en public c’est toujours embarrassant. Imposer ça au gens ça ne m’intéresse pas, même si cette musique me détend.
Ici, chacun fait des choses très différentes, ça permet d’offrir un regard neuf mais éduqué sur le travail de chacun. On essaie de garder une effervescence.

J : Depuis qu’on est là on fait plus de projets couleurs. Peut être que c’est lié.

Que peut-on vous souhaiter?

A : De ne pas oublier de se renouveler, de voyager un maximum.

J : Y’a aussi le tatouage qui nous intéresse. Expérimenter le plus de choses possibles et évoluer.

Liens pour découvrir le travail des Førtifem :

http://www.agent002.com

http://www.fortifem.fr

Photos, Interview : Charles Loyer / ©Étapes

 

 

Entretien avec l’illustratrice japonaise HifuMiyo

Rencontre avec Miyoko Ogawa aka HifuMiyo, illustratrice japonaise nouvelle recrue de l’équipe d’Agent002 qui nous en dit plus sur l’influence de sa vie en France sur son travail d’illustration.

 

SelfportraitHIFUMIYO

 

HifuMiyo, peux-tu revenir sur ton parcours, comment es-tu venue à l’illustration ?
Je suis née à Hiroshima en 1986. Depuis l’enfance je rêvais de me rendre à l’étranger. Mon père, qui voyageait beaucoup, revenait toujours de ses séjours en Europe ou en Amérique avec des histoires fascinantes.
À 15 ans mes parents m’ont laissé partir faire mes études à Kyoto, où j’ai rejoint quelques années plus tard l’Université municipale des Arts. J’y ai étudié les techniques manuelles et numériques de sérigraphie en quadrichromie.
Je suis ensuite partie en France afin de trouver ma voie en tant que graphiste. Mon rêve de vivre à l’étranger se réalisait enfin, mais je n’étais pas certaine de vraiment savoir ce que je voulais faire.

dessin france HifuMiyo

La vie d’une étrangère est parfois difficile. Il faut apprendre la langue, chercher un job, se mettre au rythme local, assimiler les différences culturelles, etc. J’aurais voulu pour ma part être intégrée tout de suite, sans passer par cette période d’apprentissage. J’ai cependant assez vite réalisé l’intérêt de ces décalages culturels. Cela peut sembler étrange, mais ces différences avec ma culture natale m’ont finalement aidée à conserver et à affirmer mon identité.
J’ai alors ressenti le besoin d’exprimer mes sentiments et mes expériences de la vie quotidienne en France. La question du medium se posait : Écrire un blog ? Faire des photos ? Non, tout ceci ne me disait rien du tout. Timidement, j’ai alors fait mes premières tentatives de dessin sur tablette graphique, juste pour voir… Pourquoi timidement ? Premièrement, je n’avais pas dessiné depuis ma période étudiante. Deuxièmement, et sans vouloir sous-estimer mes capacités, je connais beaucoup de gens plus doués techniquement en dessin. Je ne considérais donc pas au départ  l’illustration comme un projet professionnel, mais comme le meilleur moyen d’exprimer mon expérience de l’extranéité.
Finalement, j’ai pris goût à l’illustration. J’ai dessiné une série intitulée « Travelogue In France » grâce à laquelle j’ai été nominée pour le concours international de graphisme berlinois Young Illustrators Award 2014.
Depuis, je me consacre complètement à l’illustration.

Comment s’est manifestée cette influence de la vie en France sur ton travail ?
Comment je viens de l’expliquer, depuis que je me suis installé en France en 2010 ma vie au quotidien à fortement conditionné mon style graphique.
Les sources d’inspiration ont été multiples. J’ai été influencée à la fois par les gens et les objets, mais aussi par des scènes parfois très banales de cette vie quotidienne qui m’entoure. Ces détails qui sont pour moi l’essence de la vie française sont ce qui m’inspire le plus.

dessin d'un jeune hippy en france

En quoi la culture visuelle qui t’entoure en France est-elle différente de celle que tu as connue au Japon ?
La société japonaise est submergée d’images, d’affiches, de signes graphiques et visuels. Des posters aux panneaux électroniques géants en passant par les publicités omniprésentes, l’univers visuel est saturé. Pour un artiste graphique c’est un environnement unique et intéressant, mais je crains parfois que cette modernisation de l’archipel se fasse trop rapidement et de manière incontrôlée.
En France l’univers graphique est plus discret.

illustration d'un groupe à une terrasse de café

Pour revenir à tes illustrations, comment décrirais-tu ton style ?
C’est très difficile à dire. Je réalise mes illustrations en numérique, mais dans un style fortement influencé par ma formation de travail artisanal en sérigraphie. Je souhaite exprimer avec une certaine douceur des sujets pas pour autant édulcorés. En d’autres termes, je pourrais dire que mon style d’illustration est « nostalgique mais aussi moderne ».

processus de travail de l'artiste japonaise HifuMiyo

Peux-tu nous en dire davantage sur ton processus de travail ?
Lorsque je travaille sur une nouvelle image, je commence par le crayonné. Je peux dessiner ce crayonné sur une feuille ou directement sur ma tablette graphique. Vient ensuite l’étape de la mise en couleur que j’effectue uniquement à l’aide de  Photoshop. Pour cette colorisation j’utilise des pinceaux que j’ai installés ou que j’ai parfois moi-même créés.

scène de vie dans un marché français

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Je travaille sur un projet de communication visuelle d’une marque de vêtements française. Il s’agit d’un client pour lequel j’ai déjà travaillé et qui m’intègre dans ce projet en tant qu’illustratrice. Je serai en charge de la charte couleur de la marque, du graphisme, de l’identité visuelle, etc. En ce qui me concerne, je suis bien entendu ravie d’apporter mon point de vue. J’apprécie le fait qu’ils aient choisi une japonaise pour élargir et enrichir la définition de « l’esprit français » de la marque.

dessin d'un père avec son fils sur un vélo

Plus d’images d’HifuMiyo.

ALINE ZALKO présente « 1977 » à la galerie Michel Lagarde

Entretien avec Aline Zalko qui revient pour nous sur son parcours et nous présente « 1977 », sa nouvelle exposition solo présentée à la galerie Michel Lagarde.

aline zalko 1977

Peux-tu revenir pour nous sur ton parcours artistique ?
Je suis née à Paris et c’est là que j’ai fait mes études aux Arts Déco. Lors d’un échange Erasmus à New York j’ai commencé à travailler pour le New York Times et le New York Times Book Review. Depuis mes dessins ont été publiés dans la presse (Le Figaro, Le Fooding, Feuilleton, etc.), et dans l’édition (Flammarion, Fayard).
Mon travail se compose aussi de dessins plus personnels exposés en 2014 à la Galerie Dérouillon, Paris, et au Salon de Montrouge en 2013.

portrait PAR ALINE ZALKO

Peux-tu nous présenter ton exposition solo à la galerie Michel Lagarde ?
Pour cette expo j’ai souhaité une ambiance années soixante-dix, une époque antérieure à ma naissance, très proche et datée à la fois. J’aime beaucoup l’atmosphère et les couleurs des films de série B, le mauvais goût en général et les jeunes égéries féminines à la fois proies des hommes et manipulatrices. Du coup les Pulps de ces années là et leurs couvertures énigmatiques ont été un bon point de départ pour mon travail. Je les ai ré interprétées en jouant sur leur côté sexiste et désuet amplifié par les titres, la typo, et les pliures d’usure. En écho à ces romans de gare à 50 cents j’ai réalisé une série de portraits de jeunes américains tels qu’on peut les voir dans les yearbooks (photos de classe). Je dessine essentiellement au crayon de couleur et au pastel.

exposition galerie michel lagarde

Quel est ton processus de travail et la technique que tu utilises lorsque tu réalises un nouveau dessin ?
Mon processus de travail… Je ne suis pas sûre d’en avoir un. Tout ce que je peux dire c’est que j’utilise le crayon de couleur principalement pour mes dessins, et un peu de pastel.
Quand il s’agit d’une commande, je vais faire des recherches sur le sujet, proposer des croquis et quand ils sont validés je me lance.

fake novel cover

Qu’est-ce qui t’attire dans le dessin de portrait ?
Ce qui m’attire dans les portraits, je ne sais pas. C’est vrai que j’aime beaucoup dessiner les visages, certainement parce que lorsque je commence un portrait je ne sais pas du tout à quoi il ressemblera à la fin. J’aime être surprise.

illustration exposition la galerie Michel Lagarde

Comment souhaites-tu faire évoluer ton travail au cours des années à venir ?
On verra bien. Les plus gros changements dans ma façon de dessiner ont été inattendus.

aline zalko illustration

Sur quoi travailles-tu actuellement ?
Sur une organisation plus pertinente des crayons de couleurs sur ma table de travail.

portrait aline zalko

Infos pratiques: Aline Zalko expose du 11 février au 27 mars 2015 à la galerie Michel Lagarde, 13 rue Bouchardon, Paris 10.
Plus d’images de Aline Zalko.

Rencontre avec JOHN JAY CABUAY

Installé à New York, le talentueux John Jay Cabuay revient pour nous sur sa formation artistique et son amour du dessin, mais aussi sur son goût pour la peinture à l’huile et pour les voyages.

john jay cabuay portrait

John Jay, peux-tu nous parler de ton parcours dans le monde de l’art, et nous dire comment tu es devenu un illustrateur ?
Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours aimé dessiné. Tout a débuté sous l’influence des mangas japonais et des bandes dessinées Marvel et DC que je collectionnais dans mon enfance. Dès la maternelle, nous essayions avec mes camarades de rejouer les scènes que nous avions vu à la TV la veille au soir. C’est à ce moment que j’ai découvert mon amour pour le dessin. Très jeune déjà je sentais au fond de moi que l’art jouerait un rôle important dans ma vie d’adulte. Je ne m’étais pas trompé.

paris illustration

Quelle place tient la mode dans ton travail actuel ?
Lorsque j’étais étudiant en art je me suis spécialisé dans l’illustration de mode, et je pense que cette formation se ressent aujourd’hui encore dans mon travail d’illustrateur. Les véritables illustrateurs de mode sont entraînés à travailler rapidement, afin de pouvoir dessiner les mannequins de manière juste et rapide. Nous apprenons à coordonner nos mains et nos yeux, et le dessin restera toujours au centre de mon travail d’illustrateur. Pour répondre plus précisément à ta question, j’intègre ces qualités acquises dans le dessin de mode à l’intérieur de mon travail d’illustrateur, qu’il s’agisse de réaliser un portrait, une oeuvre conceptuelle ou une image plus narrative. Ici aux États-Unis, on voit également naître un intérêt pour le dessin en direct durant des évènements . Par exemple sur la photo ci-dessous on peut me voir en République Dominicaine en train de dessiner lors d’un évènement chez Louis Vuitton. Peu à peu les choses prennent place et j’adore voyager pour dessiner en direct devant un public. C’est un peu comme une performance artistique.

dessin en public

Comment abordes-tu une nouvelle image ?
Il n’y a pas de méthode car c’est chaque fois différent. Parfois cela part d’une idée ou d’une inspiration, comme par exemple une personne que je viens de croiser, et d’autres fois c’est la musique que je suis en train d’écouter qui amène un état d’esprit ou une atmosphère particulière. Lorsque je crée une image pour mon portfolio, j’essaie de trouver une idée originale pour un dessin qui sera à la fois séduisant et malin. Lorsque je travaille sur une commande pour un client je débute toujours par une phase de recherche. Je m’efforce de réunir tous les éléments et je relis en boucle les instructions du directeur artistique, afin de bien m’en imprégner.

dessin anjelica huston

Y a t-il d’autres différences entre ton travail de commandes et tes images plus personnelles ?
Mon travail personnel est réalisé de manière assez traditionnelle. L’emploi des outils classiques est un échappatoire aux images commerciales. J’aime par exemple peindre des portraits à l’huile dès que j’en ai l’opportunité. C’est une activité calme et thérapeutique. Ceci dit je n’ai pas eu l’occasion d’en faire beaucoup ces derniers temps, car j’ai eu beaucoup de commandes d’illustrations. En ce qui concerne ces images de commande, elles sont dessinées à la main puis mises en couleur sur ordinateur. Les commandes s’enchaînent si vite que j’imagine mal débuter une peinture à l’huile et faire des retouches pendant la nuit.

illustration john jay cabuay

À défaut de pouvoir faire des peintures à l’huile, ton récent travail sur la couverture du New York Observer t’a t-il donné le goût de la typographie ?
Tout à fait ! Mon but est de devenir un illustrateur complet et de ne pas être enfermé dans un marché ou un style trop limité. Je vais donc faire davantage de lettrages dans le futur.

couverture new york observer

En ce qui concerne le futur proche, qu’attends-tu de 2015 ?
J’espère avoir beaucoup de commandes d’illustrations tout en continuant de voyager afin de dessiner durant des évènements.

dessin au bord de la mer

Plus d’images de John Jay Cabuay.